Piard Bernard - lundi 19 avril 2004
La réélection triomphale, au premier tour, avec près de 85 % des suffrages exprimés, du Président algérien Abdelaziz Bouteflika, comporte certainement, comme le soulignent ses adversaires malheureux, une bonne part de fraudes. C’est néanmoins la première élection pluraliste organisée depuis 1962 et l’indépendance de l’Algérie. C’est aussi la première fois, depuis quarante ans, que la France n’est pas désignée unanimement comme le bouc-émissaire responsable de tous les malheurs de l’Algérie.
C’était donc l’occasion pour Jacques Chirac d’initier une relance spectaculaire des relations entre les deux pays, qui ont certainement beaucoup à échanger.
Par million, les Algériens réclament à la France des visas, pour rendre visite à leurs familles installées, ou bien encore, pour un grand nombre de jeunes, pour venir chez nous tenter leur chance…
L’Algérie demeure un important producteur de pétrole et de gaz. Toute son industrie manufacturière est à construire ou à reconstruire. Et ce pays, auquel nous avons lâché l’indépendance, il y a quarante ans, avec 10 millions d’habitants, en comporte aujourd’hui plus de 30. C’est donc un vaste marché, proche et largement francophone.
Abdelaziz Bouteflika a les moyens, aujourd’hui, de se libérer de la tutelle de l’armée qui s’était littéralement approprié l’ensemble du pays. À partir de là, il peut construire les bases d’une démocratie moderne visant croissance économique et développement.
Jusqu’à présent, sa réputation a été entachée de nombreuses zones d’ombre et même de malversations (il a été renvoyé du FLN après un rapport de la Cour des comptes l’accusant de détournements de fonds secrets). Sur Bouteflika, on lira avec intérêt l’ouvrage : « Bouteflika : une imposture algérienne ». Son auteur Mohamed Benchicou est, à Alger, le directeur du quotidien « Le Matin », après avoir été rédacteur en chef du journal indépendant « Alger Républicain ». Le président algérien a voulu empêcher la publication de cette biographie, qui tourne souvent au réquisitoire.
En complément, on lira aussi l’ouvrage de Jean Jolly « L’Algérie de Bouteflika ». L’auteur est un journaliste grand reporter spécialiste de l’Afrique et du Proche-Orient. Son travail porte moins sur le Président lui-même que sur l’Algérie, et spécialement sur les relations entre la France et l’Algérie.
Concernant l’immigration, Jean Jolly rappelle qu’avant 1914, il y avait en France, 5 000 Algériens travaillant dans l’industrie et dans les mines, essentiellement à Paris et dans le Pas-de-Calais. Au recensement de 1990, il y avait officiellement, en France, 1 072 000 personnes originaires d’Algérie (dont 522 000 de nationalité algérienne)…
On lira aussi, de Jean-Paul Gourévitch, « La France en Afrique », car, si la France a une longue histoire commune avec l’Algérie et l’ensemble du Maghreb, elle a aussi une histoire cinq fois centenaire avec l’Afrique noire. C’est parce qu’aucun livre sérieux n’existait sur l’ensemble de l’histoire de cette période, que Jean-Paul Gourévitch s’est lancé dans ce travail pour aboutir à un document qui a le côté pratique d’un manuel, tout en rétablissant quelques vérités au-delà des clichés qui jalonnent l’histoire de ce continent dans ses relations avec la France et l’Europe.
Dans la cinquantaine de pages qu’il consacre à la traite des esclaves, Jean-Paul Gourévitch rétablit un certain nombre de faits, notamment sur la traite arabo-islamique, antérieure à la traite atlantique, dont on ne parle jamais, alors qu’elle a fait au moins autant de victimes que l’autre ; et aussi sur l’implication des royaumes indigènes et des chefs de tribus dans ce commerce des esclaves car, comme le rappelle l’auteur (page 70) : « Ce sont dans presque dans tous les cas, des Africains qui capturaient d’autres Africains et les acheminaient vers la côte ».
Dans les dernières pages, Jean-Paul Gourévitch cite quelques chiffres sur la démographie africaine de nature à donner le tournis. En 1960, à l’époque des indépendances, l’Afrique comptait 273 millions d’habitants. En 1996, elle a dépassé les 700 millions. Elle va atteindre le milliard. Selon les Nations unies, l’Afrique comptera entre 1,9 et 1,22 milliard d’habitants en 2025. 60 % des Africains ont moins de 20 ans. La France est leur Eldorado…
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