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Du droit opposable à la liberté de la presse


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Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 03 décembre 2008

presse
Ce 1er décembre, la trop fameuse loi « Dalo » est entrée en vigueur. Dalo, pour « droit opposable au logement ». Comme plusieurs d’entre nous l’ont écrit dans ces colonnes, je persiste à ne pas comprendre ce que serait un droit « non opposable » : soit j’ai un droit à ne pas être volé et je peux porter plainte au tribunal si je le suis ; soit je n’ai pas ce droit et tout le monde peut impunément me spolier. Mais, en tous les cas, que signifierait un droit non opposable ?

Mais, la situation pratique est plus grave encore que la situation théorique et c’est de cela que je voudrais parler ici. « Droit opposable », dans le jargon plus ou moins juridique contemporain, cela signifie ceci : chacun a droit à un toit et a droit, faute de pouvoir faire valoir ce droit, d’attaquer l’État au tribunal administratif. En l’occurrence, donc, « opposable » signifie, en bon français, « opposable à l’État ». Si je n’ai pas les moyens de m’offrir une maison, je peux attaquer l’État pour non-respect de mes droits…

Est-il besoin de faire remarquer que cette situation est absurde ? À quel titre l’État serait-il responsable de ma situation impécunieuse ?

Or, ce n’est pas une ou deux familles qui sont concernées. Les chiffres avancés dans la presse font état de 600 000 familles potentiellement concernées, dont un peu moins de 10 % ont obtenu satisfaction.

À partir du 1er décembre, les 90 % restantes peuvent donc attaquer l’État pour non-respect de ses engagements. Et, manifestement, les associations bien-pensantes poussent fortement à de tels procès. Mais ces procès sont grotesques. C’est comme si j’attaquais l’État parce que les « 4 Vérités » n’avaient pas atteint 150 000 abonnés et que j’estimais avoir un « droit inaliénable et opposable » à diriger un journal de 150 000 abonnés.

Tout ceci est insensé. Les seuls droits « opposables » sont les droits naturels
: si mon voisin viole ma vie, l’intégrité de mon épouse ou ma propriété, je peux bien entendu l’attaquer devant les tribunaux. Mais je n’ai aucun droit « opposable » à être préfet (fût-ce d’origine camerounaise, comme on dit désormais dans les gazettes !), ou à obtenir une maison de 300 m2 au sol au cœur du 6e arrondissement ! On rougit de devoir rappeler de telles vérités élémentaires. Mais on frémit surtout en songeant au montant des sommes qui devront être versées au nom de ce prétendu droit…

Au risque de chagriner mes excellents confrères de la grande presse, je vais être un peu « en retrait de la main » dans la protestation anti-police, concernant l’interpellation de Vittorio de Filippis, journaliste de « Libération », vendredi 28 novembre, au petit matin.
Non pas que cette interpellation soit un bon signe de la santé de notre pays. Faire interpeller un journaliste par la police n’est jamais bon signe. Cependant, si je comprends bien, cette interpellation « musclée » a eu lieu parce que le journaliste s’était dérobé à une convocation du juge d’instruction.

Il est tout de même ahurissant qu’un journaliste de « Libération » ait le droit de se dérober à ce type de convocation et qu’un journaliste de « Rivarol », par exemple, soit supposé « fasciste » avant même d’avoir été jugé, au seul prétexte qu’il a interrogé une personnalité politique qui a le malheur de chagriner la « classe parlante » de ce beau pays. Pour de tels « fascistes », je ne me souviens pas que les cris d’orfraie en faveur de la liberté de la presse aient été aussi nombreux.

Dieu sait si je suis susceptible sur la liberté de la presse et la liberté d’opinion, dans un pays qui a l’air de s’en moquer comme d’une guigne. Cependant, ne nous trompons pas de combat : ce n’est pas parce que des policiers font exécuter la loi que la liberté est en danger. C’est plutôt parce que la loi française est dangereusement liberticide.

Franchement, les diffamations d’un journaliste nanti de « Libération » à l’égard d’un magnat non moins nanti d’internet (en l’occurrence, Xavier Niel, le patron de free) ne me font ni chaud, ni froid. Je vois mal en quoi cela pourrait concerner le peuple français. En revanche, ce que je constate, c’est que nos libertés sont grignotées peu à peu.

Ne comptez donc pas sur moi pour verser des larmes de crocodiles sur M. de Filippis. Lequel n’a manifestement pas besoin de mon soutien. C’est tout juste si les syndicats de policiers et de magistrats ne réclament pas sa mise au large ! Je préfère garder ma compassion pour les nécessiteux, et, compte tenu de l’état actuel de la législation française, ils sont nombreux…

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