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EDF : les limites d’une réforme


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Rouxel Jean - samedi 03 juillet 2004


Jean-Pierre Raffarin a lui-même communiqué sur le caractère minimal de la réforme des statuts de l’entreprise publique EDF qu’il vient de faire adopter en première lecture par l’Assemblée nationale. L’entreprise restera publique au moins à 70 % de son capital. Le statut du personnel, comportant des privilèges exceptionnels, ne sera pas modifié d’un iota. C’est donc seulement pour conserver intégralement leur bastion communiste, et les prébendes qui en découlent, que quelques centaines de syndicalistes dévoyés se sont transformés en preneurs d’otages.
À cette occasion, on a été frappé, une nouvelle fois, par la modération des pouvoirs publics, qui frise l’inaction. À ce jour, en effet, sauf erreur, aucun coupeur de courant n’a été interpellé, nulle part la police n’a été requise pour identifier les auteurs de ces délits. Tout se passe comme si le Premier ministre attendait que le calme se rétablisse avec le vote de sa loi et les vacances estivales.
Au passage, on aura remarqué que loin de décroître, l’influence de l’extrême gauche dans la vie syndicale n’a jamais été aussi forte. Au fur et à mesure que les syndicats perdent leurs adhérents ordinaires, le poids des meneurs augmente. L’extrême gauche est réduite à la portion congrue dans le champ politique, mais elle prospère dans le champ syndical.
On vient de voir par exemple à EDF les permanents communistes de la CGT débordés par leurs concurrents trotskistes. Ceux-ci noyautent maintenant solidement les syndicats SUD ainsi que le SNUI des impôts. Pour recruter et communiquer, ces syndicats s’appuient sur toutes sortes d’organisations contestataires, qui vont d’Attac au DAL (Droit au logement) en passant par la Confédération paysanne. Selon les nécessités du moment, les dirigeants passent d’ailleurs de l’une à l’autre. Ailleurs, sauf peut-être à la CFDT, aussi bien à FO qu’à la CGT, l’influence des gauchistes est en augmentation.
Avec ce dossier, on a vu aussi que le gouvernement ne faisait rien pour ébranler le mythe de l’entreprise publique, modèle social et économique. Or, aussi longtemps que le statut d’EDF sera donné en exemple, alors qu’il s’agit d’un anti-modèle, beaucoup de jeunes seront détournés des emplois marchands.
Ce n’est sans doute pas seulement par tactique prudente que Jean-Pierre Raffarin a préservé le statut exorbitant des salariés d’EDF. C’est aussi parce qu’il n’est tout simplement pas un adepte de l’économie de l’offre. Sinon, il aurait pris les mesures fiscales simples et nécessaires, seules susceptibles de favoriser la multiplication des emplois privés.

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