Trémeau Bernard - mercredi 01 novembre 2006
Edmund Phelps, professeur d’économie à l’université Colombia de New York, vient de recevoir le prix Nobel d’économie. Pratiquement, l’ensemble des médias français présente cet économiste comme un keynésien. C’est-à-dire, un partisan de l’intervention de l’État dans l’économie et de la relance de l’activité par la demande. Dans le journal « Le Monde » du 17 octobre, on a la chance d’avoir un grand titre à la page économie, « Phelps, un exemple de neokeynésianisme », et un article de Phelps consacrant plus de la moitié de son texte à critiquer durement la relance par la demande, l’accusant de relancer seulement l’inflation. Il y affirme que « l’efficacité d’une demande élevée était une question de foi »… Pour lui, la relance keynésienne ne produit, à long terme, que la stagnation associée à l’inflation.
Puis, dans la deuxième partie de son article, Phelps critique une relance proposée par les néo-libéraux. Une baisse des impôts sur le revenu, laissant aux individus une part plus importante du fruit de leur travail, provoquerait une reprise de l’économie. Phelps critique cette « croyance ». Phelps dit alors qu’à court terme, il est exact qu’une baisse des impôts sur le revenu entraîne une reprise de l’économie, mais qu’à long terme, cette baisse devient inefficace : le chômage revient. Il donne une explication à sa position. Une baisse des impôts sur le revenu entraîne une baisse équivalente des ressources de l’État, donc de l’argent dépensé par l’État. Il donne ensuite le résultat de deux travaux qu’il a effectués, depuis dix ans. Une baisse des impôts sur le revenu entraîne immédiatement une reprise de l’économie. Mais à long terme, Il n’y a pas de corrélation entre le taux de l’impôt sur le revenu et le chômage… Phelps pense, donc, que la baisse des impôts sur le revenu en Europe ne supprimera pas le chômage.
Phelps aimerait que les économistes fassent comme les laboratoires pharmaceutiques : qu’ils essayent d’abord concrètement le résultat espéré d’un nouveau remède sur un petit lot, avant de le diffuser à l’ensemble des pays. Phelps renvoie ainsi dos-à-dos néokeynésiens et néolibéraux. Traiter Phelps de néokeynésien est aussi mensonger que de le traiter de néolibéral. Son article inspire plusieurs remarques.
– Il est nécessaire de citer les récents travaux statistiques effectués par d’autres chercheurs que Phelps. Il existe une solide et indiscutable corrélation entre la rapidité de la progression du PIB et les interventions de l’État dans l’économie. Quand l’État contrôle plus de la moitié de l’économie (par l’impôt, par les nationalisations, par la création de monopoles d’État comme la Sécurité sociale ou l’Éducation nationale) la progression du PIB est inférieure à 2 % et le chômage apparaît. Quand l’État contrôle seulement 30 % de l’économie, la progression du PIB est supérieure à 6 %. Pour que nos revenus augmentent rapidement, il faut des entrepreneurs innovateurs qui osent prendre des risques. Or les responsables de l’économie étatisée, qu’ils fassent partie de l’administration, du monde politique ou du monde syndical, ne veulent surtout pas prendre des risques en innovant.
– Il est normal qu’il n’y ait pas de corrélation entre l’impôt sur le revenu et la progression du PIB. L’impôt sur le revenu n’est pas une mesure inflationniste, puisqu’il réduit la demande. La Banque centrale peut ainsi émettre plus de monnaie sans créer d’inflation et le pouvoir d’achat de tous augmente rapidement. À l’inverse, les contraintes économiques sur les entreprises sont toujours inflationnistes (elles augmentent les prix de revient). La Banque centrale est contrainte d’émettre moins de monnaie. Le pouvoir d’achat stagne. Phelps devrait d’urgence rechercher une corrélation entre les contraintes sur les entreprises et la rapidité du développement économique…
– Pour relancer son économie, l’Irlande a expérimenté des mesures qui ont été parfaitement efficaces. Les pays qui ont utilisé les mêmes mesures qu’elles ont supprimé le chômage. La France utilise, depuis vingt ans, des politiques de relance inefficaces. Finalement, écoutons le message de notre nouveau Nobel. Copions ce qui marche ailleurs…
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