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Eloge de la monarchie


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Courrier - lundi 19 juillet 2010

ump
Dans le dernier numéro du Choc du mois, consacré à la droite, le journaliste Paul François Paoli déclare que personne ne propose sérieusement la restauration de la monarchie. « Personne » est assez nombreux, à en juger par le nombre d’intellectuels, d’écrivains et de journalistes qui se déclarent monarchistes. Quant au sérieux de la proposition, il suffit de regarder l’Etat du pays après 140 années de République – pour ne remonter qu’aux débuts de la IIIème du nom – pour le mesurer. Est-il beaucoup plus sérieux de continuer à croire à un régime qui nous a conduit à n’être même plus capable de définir notre identité ?

 

La monarchie a créé la nation française, et force est de convenir que cette nation est allée de désillusion en désillusion depuis qu’elle a décapité l’Etat avec le roi. Renan le constatait déjà : « Le jour où la France a coupé la tête de son roi, elle a commis un suicide. » La déchéance de la France s’est tellement accélérée au cours du dernier demi-siècle que l’on est fondé à se demander aujourd’hui si la nation française n’aura pas disparu à la fin du siècle.

L’un des motifs les plus anecdotiques de faire des vœux pour une restauration est fourni par l’actualité récente, qui ne diffère pas de l’actualité ordinaire de la République, à savoir les affaires.

En République, le plus haut échelon de l’Etat, c’est-à-dire son chef lui-même, n’échappe pas aux soupçons d’enrichissement personnel ou partisan : la nuance entre l’un et l’autre n’est d’ailleurs pas fondé, puisqu’en enrichissant le parti, c’est encore son propre intérêt qu’il sert. Le parti est le moyen d’accéder aux fromages.

Il serait naïf de croire que la corruption n’existe pas en monarchie et les exemples sont nombreux de zélés serviteurs de l’Etat qui amassèrent sous l’Ancien Régime une jolie fortune. Mais il est une limite fondamentale à la comparaison : le roi, parce qu’il doit son trône à sa naissance et qu’en général il n’a pas eu à se battre pour le pouvoir – avec des exceptions comme Charles VII, Henri III, Henri IV, voire Louis XIII dans une certaine mesure –, parce qu’aussi son intérêt coïncide avec celui de la France, qui est son patrimoine, n’est pas lui-même susceptible d’être corrompu, comme peut l’être un homme politique visant à devenir chef de l’Etat, ou l’étant devenu.

Nicolas Sarkozy s’est-il naguère laissé circonvenir par la famille Bettencourt ? Pis encore, s’est-il impliqué dans la constitution de sociétés off-shore qui ont contribué dans les années 90 au financement de la campagne d’Edouard Balladur par le biais de rétro-commissions sur des ventes d’armes, avec pour conséquence l’attentat de Karachi (15 morts) ?

L’actuel président de la République n’est jamais que l’homme porté au pouvoir par un parti – il a d’ailleurs largement entretenu l’ambiguïté entre sa fonction de chef de l’Etat, qui en fait en théorie le président de tous les Français, et son souci de garder la main sur l’UMP. C’est un maître politicien, qui connaît toutes les ficelles du jeu partisan et les a utilisé au mieux pour arriver à la place qui est la sienne aujourd’hui. On ne change pas brusquement sa nature, ni son éducation. Il a été éduqué à ce jeu-là et s’il a gagné, c’est qu’il en maîtrisait mieux que les autres les règles sans scrupule.

Le plus brillant des présidents de la République – ce n’est pas ainsi que nous qualifierions Nicolas Sarkozy – consacrera toutes ses forces et son ambition à obtenir le pouvoir et à le conserver. Le plus ordinaire des rois mettra les siennes à faire fructifier son patrimoine, c’est-à-dire à enrichir la France.

Louis Samagne

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