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Émeutes de Grenoble : Vers la guerre civile ?


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Milliere Guy - mardi 27 juillet 2010

violences
Lorsque paraîtront ces lignes, le calme sera revenu à Grenoble. Il n’en reste pas moins que ce qui s’est passé pendant trois jours, à partir du 16 juillet, n’est qu’un événement supplémentaire dans une chaîne déjà longue.

Il y a d’abord eu quelques quartiers qui se sont peu à peu ghettoïsés, autrement dit vidés de leurs habitants non-maghrébins et non-africains.
Il y a eu ensuite le chômage, des gens qui ont vécu d’allocations sociales diverses et de trafics que les autorités ont tolérés comme un moindre mal.
Il y a eu enfin des bandes tenant ces quartiers et y faisant régner leur loi – des quartiers où, depuis longtemps, la police n’entre plus, tandis que les pompiers et les médecins eux-mêmes n’y pénètrent qu’à leurs risques et périls.
Il y a eu peu à peu l’islamisation de ces quartiers, le développement d’une culture de la haine, du ressentiment, du rejet de tout ce qui ressemble à la civilisation occidentale.

Nous en sommes aujourd’hui à une situation où près de six cents zones urbaines (d’après les chiffres officiels) sont en situation de sécession de fait, puisque le gouvernement n’y exerce plus effectivement sa souveraineté et ne peut prétendre rétablir l’ombre de son pouvoir qu’en ayant recours à une démonstration de force qui ne peut qu’être ponctuelle et localisée.

C’est cette sécession de fait qui explique qu’il n’y a pas eu de répétition des émeutes généralisées de l’automne 2005. Elle ne représente pas pour autant une situation stable, car la démographie, le délitement social font que les zones en sécession s’accroissent et que les débordements s’amplifient. À proximité de ces zones, les agressions et les vols divers se multiplient comme le montrent des statistiques qu’on cite plus volontiers à l’étranger que dans la presse française.

Le résultat ? Une bonne partie de la population souhaiterait un retour à l’ordre. Mais ce retour à l’ordre n’aura très vraisemblablement pas lieu. Non seulement la police, l’armée et la gendarmerie ne disposent pas d’effectifs et de moyens suffisants pour que des résultats soient obtenus. Mais on peut penser qu’une intervention plus ferme que ce qui existe aujourd’hui, aussi, nous ferait passer de ce que j’appelle une « guerre civile froide » à une forme de « guerre civile chaude » dont nul n’ose mesurer les conséquences.

Des émeutiers à Grenoble disaient : « C’est Beyrouth. » En disant cela, ils n’étaient pas du tout catastrophés, mais exaltés. Il existe un désir latent chez certains que ce soit Beyrouth, que le règne des bandes puisse s’accroître et que la culture de la haine, le ressentiment, le rejet puissent s’exprimer davantage que par quelques dizaines de voitures brûlées.

D’autres émeutiers à Grenoble criaient aux policiers : « Rentrez chez vous. » Ce qui signifiait que, dans les zones de non-droit, ils n’étaient pas chez eux, comme les Français, d’ailleurs, n’y sont pas chez eux. La culture de la haine, le ressentiment, le rejet, débouchent sur les contre-valeurs du clan et de la tribu : un délinquant abattu par la police est décrit, dans les zones en question, comme « assassiné ». C’était un mem­bre du clan qui faisait son travail en terrain ennemi et qui rentrait sur son territoire. Un policier ou un commerçant abattu, ce serait, pour les membres du clan ou de la tribu, un blanc de moins, voire une occasion de faire la fête.

Une « guerre civile chaude » ferait ressembler les événements de 2005 à une simple plaisanterie. Elle ferait, de surcroît, fuir les entrepreneurs et les riches restant encore dans les beaux quartiers qui, pour l’heure, ne sont pas touchés parce que ce n’est pas encore « Beyrouth ».
Le résultat, donc ? Le FN va monter dans les sondages et les urnes sans avoir la moindre chance d’accéder au pouvoir. L’extrême-gauche agitera l’épouvantail et dira que le fascisme ne passera pas. Nicolas Sarkozy va gesticuler, envoyer des policiers rançonner les automobilistes, tout en laissant les voyous tranquilles et en espérant qu’à gauche, on continuera à proférer des discours profondément débiles comme ceux d’aujourd’hui, ce qui lui permettra d’envisager un second mandat. La gauche peut aussi l’emporter, malgré ses discours débiles.

Dans tous les cas, je le crains, la marée continuera à monter. Ce que nous vivons n’est, je pense, que le commencement d’un processus qui ne peut que très mal finir. Quand ? Nul ne peut répondre à la question.

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