Artur du Plessis Laurent - mercredi 05 décembre 2007
deliquance, armes, islamisme
Il y a un avant et un après Villiers-le-Bel. « Il est déjà arrivé dans le passé que des policiers soient pris pour cible dans le cadre de violences urbaines par des tirs d’armes à feu, mais de manière relativement rare et isolée.
Là, on a franchi un cap », dit le directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Péchenard, après la nuit du 26 au 27 novembre à Villiers-le-Bel : 82 policiers blessés « sur 350 intervenants », certains par de la grenaille et des plombs de chasse. En trois jours, du dimanche 25 au mercredi matin 28 novembre, les forces de l’ordre déploraient 130 blessés, dont une dizaine grièvement touchés par balles, plombs ou éclats de verre. Une épaule fracassée, un œil perdu. Voulant dialoguer avec les jeunes, le commissaire de police de Sarcelles fut lynché à la barre de fer : un poumon transpercé.
À Villiers-le-Bel, les émeutes ont pris un tour nouveau. « L’usage des armes à feu a été systématisé, dit Patrice Ribeiro, secrétaire général adjoint du syndicat de Police Synergie Officiers. Cette fois-ci, il y a volonté de tuer… » Des caïds de banlieue ont structuré le combat, le transformant en guérilla. Jusque-là, il y avait étanchéité entre violences urbaines et banditisme : celui-ci conservait le monopole des armes à feu. À Villers-le-Bel, sont apparus des fusils à pompe, des projectiles de gros calibre autrefois réservés aux braqueurs. D’où une hécatombe sans rapport avec les 200 blessés des trois semaines d’émeutes de novembre 2005.
Parmi les émeutiers, ni morts, ni blessés, grâce à l’héroïsme des représentants de l’ordre. « Certains, se voyant tirer dessus, auraient pu, en légitime défense, riposter, précise Frédéric Péchenard. Nous avons une doctrine, en termes de maintien de l’ordre et de violences urbaines, qui est de zéro mort. Nous avons maintenu cette doctrine ». Combien de temps le sera-t-elle encore si les émeutiers persistent à utiliser des armes à feu contre les policiers et les gendarmes ? Ceux-ci devront opter pour la riposte graduée. À Villiers-le-Bel, dans la nuit du 26 novembre, trois à quatre tireurs très mobiles faisaient feu sur les fonctionnaires de police et se déplaçaient aussitôt, en une efficace technique de combat de rue. La répétition de ce type de situation obligera les forces de l’ordre à riposter au moyen d’armes puissantes sous peine d’être décimées.
La violence des « jeunes » a crû en intensité, des émeutes de novembre 2005 à celles de Villiers-le-Bel en passant par les manifestations anti-CPE de 2006, où ils attaquèrent les lycéens et les étudiants avec une rare férocité par goût du pillage et racisme anti-Blanc. Cette escalade se poursuivra. Les caïds utilisent les « jeunes » comme masse de manœuvre pour protéger leur florissante économie souterraine de la drogue, du vol…
Dans certaines cités - de Lyon par exemple - 8 personnes sur 10 en vivent. En région Rhône-Alpes, elle est la quatrième industrie, avant l’informatique et la matière plastique. Les caïds incitent les « jeunes » à détruire des bus, des camions de pompiers, des gymnases, des bibliothèques – comme celle de Villiers-le-Bel – pour régner sans partage sur un territoire anomique. Une autre force pousse dans ce sens : les réseaux islamistes qui veulent prospérer dans les « territoires perdus de la République ». Et se financent volontiers par l’économie parallèle. Le cocktail islamisme-caïds-jeunes issu de l’immigration est détonant.
À Villiers-le-Bel, outre 1 000 hommes, les forces de l’ordre rameutèrent deux hélicoptères et un canon à eau pour rétablir le calme. À l’avenir, les moyens blindés et aériens devront être renforcés dans la répression des émeutes. En même temps qu’à Villiers, il y eut des troubles ailleurs : le supermarché LeaderPrice d’Argenteuil détruit par le feu, la médiathèque de Goussainville, un laboratoire d’analyse à Garges-lès-Gonesse, une école maternelle à Cergy et le poste de police d’Arnouville-lès-Gonesse dévastés, des voitures de police et de particuliers et des autobus brûlés en Ile-de-France, à Toulouse…
Cependant, l’effet de contagion de novembre 2005 ne se renouvela pas. Mais la température des banlieues s’est haussée au seuil de « percolation » où tout peut arriver, malgré les 32 milliards d’euros engagés depuis 2002 pour les quartiers sensibles par le plan Borloo. Le plan Amara de janvier prochain n’enrayera pas la violence. En banlieue, on retrouve des armes de guerre dans de plus en plus d’affaires criminelles. « Ils finiront évidemment par s’en servir contre nous… dit Ribeiro. Leur utilisation viendra en son temps. » Ce sera la guerre civile. Hommes politiques et médias restent dans le déni de réalité. Il n’est que de voir le vocabulaire employé pour évoquer les émeutiers : « gamins », « sauvageons »…
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