Rouxel Jean - dimanche 26 juin 2005
Dominique de Villepin s’est donné cent jours pour réussir. En voici plus de vingt passés – à peu près le temps que Napoléon avait mis à regagner Paris… –, et l’on ne voit toujours aucune des mesures d’urgence dans la “bataille pour l’emploi”. Mieux encore, il se murmure au Parlement que certaines annonces du discours de politique générale, techniquement trop difficiles à mettre en œuvre, ne verront pas le jour (notamment l’assouplissement du CDI). Voilà qui nous conduit bien loin de l’urgence annoncée… Mais, le plus incroyable n’est pas dans cet enterrement – encore seulement probable! –, mais dans les activités auxquelles se consacre le gouvernement au beau milieu de sa campagne triomphale contre le chômage. Et particulièrement, les ministres en charge des dossiers d’emploi. Quelques jours à peine après l’annonce de la fermeture du magasin “La Samaritaine” pour cause de travaux, les dirigeants du groupe LVMH propriétaire du magasin ont, en effet, été “convoqués” par Jean-Louis Borloo et Gérard Larcher. On imaginait ces deux pionniers submergés de travail depuis l’arrivée de Villepin, mais ils arrivent à trouver le temps de cette “convocation”. Pour s’occuper d’un dossier qui ne trouvera pas son achèvement avant au moins deux ans, qui concernera des salariés n’ayant aucune difficulté à se recaser dans les innombrables sociétés du groupe LVMH. Bref, pas vraiment une priorité sur le front de l’emploi! Ajoutons à cela les mouvements sociaux qui commencent – à titre préventif, dirait-on –, les inévitables “négociations” qui s’ensuivront, les probables compromis consécutifs, et l’on verra quelques uns de ces cent jours s’envoler à leur tour en fumée sans rien avoir apporté aux chômeurs ou aux entreprises qui pourraient les embaucher… Un gouvernement énergique aurait d’ailleurs pu limiter ces mouvements sociaux, puisque les grèves préventives et a fortiori les grèves politiques sont illégales. Ajoutons encore que le gouvernement par ordonnance est un gouvernement efficace, à la condition d’avoir une ligne politique précise. Dans le cas contraire, il revient à laisser les administrations rédiger les textes législatifs. En d’autres termes, le temps gagné sur la procédure parlementaire sera vraisemblablement perdu en vaines parlottes ou en efficaces enterrements de première classe. Les cent jours de Dominique de Villepin paraissent décidément bien loin de leurs prestigieux prédécesseurs !
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