Rouxel Jean - mercredi 06 décembre 2006
russie, poutine
Les derniers voyages à l’étranger de Vladimir Poutine furent jalonnés d’assassinats retentissants. La journaliste Anna Politkovskaïa fut tuée par balles, le 7 octobre dernier, trois jours avant le voyage du président russe en Allemagne, où il venait discuter de problèmes énergétiques. L’ancien espion russe Alexandre Litvinenko mourut d’un empoisonnement au polonium 210, le 23 novembre, l’avant-veille du sommet Russie-UE d’Helsinki. Le sénateur italien Mario Scaramella, « contact » de Litvinenko, a été hospitalisé à Londres pour un malaise. Mais lui ne semble pas souffrir d’intoxication radioactive.
Le « Times » du 25 novembre, dans un article intitulé « L’espion a été victime de la terreur d’État. », citait un responsable britannique, resté anonyme, affirmant que le polonium 210 – seuls de grands laboratoires peuvent le fournir – et d’autres détails gardés secrets pour l’instant, prouvent que Litvinenko fut tué par un service secret étranger. L’État russe étant suspecté, on accuse Poutine lui-même d’avoir ordonné cet assassinat, et bien d’autres. Pourtant, certains d’entre eux, loin de servir ses intérêts, ont nui à son prestige international.
Les commanditaires sont, probablement, en-dessous de lui, et il ne les contrôle pas. L’approche de l’élection présidentielle, prévue pour le printemps 2008, livre le pouvoir russe aux luttes intestines. Poutine n’a, constitutionnellement, pas droit à un troisième mandat, et il n’a pas encore désigné son successeur officiel. Une fois nommés à des postés clés de l’État ou embauchés dans des sociétés contrôlées par ce dernier, les amis de Poutine forment leurs propres clans, qui s’affrontent. Ces temps-ci, des changements de responsables sont intervenus au ministère de l’Intérieur, au FSB (ex-KGB) et chez Gazprom.
Le service secret russe, particulièrement agité, est dirigé par des généraux venant d’horizons différents. Les uns misent sur Dimitri Medvedev, premier vice-Premier ministre, les autres sur son rival Igor Setchine, tous deux proches de Poutine, et possibles successeurs. Les clans recourent volontiers à l’assassinat pour régler leurs comptes.
La Russie post-communiste, ni capitaliste, ni libérale, est asservie à l’État, où s’exercent les rivalités de clans, et aux mafias. Quel que soit le successeur de Poutine, ce chaos durera, favorisant les trafics d’armes conventionnelles ou de destruction massive. Ce pays, doté d’immenses ressources naturelles et d’un puissant arsenal nucléaire, est déboussolé. C’est inquiétant.
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