Trémeau Bernard - samedi 03 janvier 2004
Un très intéressant débat agite actuellement le monde des économistes libéraux en France. La reprise américaine va-t-elle toucher la France ?
La forte reprise américaine est bien là, plus forte que prévue. Plus personne n’en conteste la réalité. La reprise japonaise semble aussi arriver en même temps, après plus de dix ans de stagnation. Grâce à une politique libérale et efficace de remise en ordre de leurs économies, Américains et Japonais sont repartis. Ils ont fortement réduit les contraintes qui pesaient sur leurs entreprises et ont laissé grimper leurs masses monétaires. Aujourd’hui, dans une économie mondialisée, des dizaines de millions de consommateurs américains ou japonais cherchent à acheter partout dans le monde. Ceux qui vont satisfaire le plus rapidement et le mieux possible leurs désirs vont avoir du travail.
La France n’a pas encore redémarré et tant que sa croissance n’atteindra pas 2,8 % par an, le chômage va continuer à augmenter. Ce chiffre va-t-il être atteint ?
Les pessimistes, et ils sont nombreux, répondent non. Pour des raisons fort logiques et crédibles. Depuis des décennies, les gouvernements français ont installé des freins ralentissant notre économie. Ils ont imposé les capitaux et les capitalistes préfèrent investir ailleurs. Ils ont imposé les entrepreneurs, et les entrepreneurs préfèrent aller travailler ailleurs. Soit ils délocalisent leurs entreprises, soit, n’ayant pas encore d’entreprise, ils partent eux-mêmes faire fortune, aux USA en particulier.
Plus d’outils de travail performants, plus d’entrepreneurs dynamiques : la fiscalité égalitariste française a créé un vide économique certain. Les clients se trouvent bien aux USA, mais il n’y a plus assez d’entreprises de niveau international en France pour répondre à une telle demande. De plus, on a ligoté le marché du travail dans un corset enlevant toute souplesse à l’embauche : les entrepreneurs hésitent à embaucher. Enfin, on a interdit de travailler plus de 35 heures et des entreprises françaises qui pourraient immédiatement répondre à la demande américaine en travaillant plus ne le peuvent pas : avec le prix des heures supplémentaires, elles ne sont plus compétitives.
Tout dépendra des entrepreneurs français
Pour les pessimistes, la France va passer à côté de la reprise américaine, car on a tout fait pour que ses entreprises soient incapables de répondre à la demande.
Pour les optimistes - ils sont rares - les contraintes imposées aux capitaux et aux entreprises en France ont fait certes d’énormes et bien inutiles dégâts. Mais les entrepreneurs français qui restent encore en course trouvent en permanence des parades. Ne restent que les plus performants. Les moins performants ont été éliminés. Avec la régression de 2003, les faillites ont fortement augmenté en France.
On délocalise certes un atelier à l’étranger, mais on développe en même temps en France le service commercial et la recherche. Le bilan n’est pas forcément négatif pour les emplois. On échappe aux 35 heures en externalisant certaines activités, en fragmentant l’entreprise. On crée ainsi de petites unités économiques bien plus dynamiques, car animées par des hommes responsables. Une part non négligeable de la fantastique demande américaine risque d’être récupérée. Donc, la reprise peut arriver aussi en France. Il s’y trouve encore des entrepreneurs.
D’ailleurs, de petits signes annoncent la reprise. La bourse de Paris remonte depuis des mois, donc anticipe une reprise française (mais les quarante entreprises « françaises » du Cac 40 sont totalement internationalisées). La régression du PIB s’est enfin arrêtée et une petite progression est même apparue au troisième trimestre 2003.
On peut raisonnablement espérer que cette petite reprise va s’accentuer et risquera d’atteindre, en été 2004, le seuil permettant de faire régresser le chômage, et de donner au gouvernement
les moyens financiers dont il a besoin pour faire les réformes nécessaires.
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