Dumait Alain - samedi 24 avril 2004
Jacques Chirac est une nouvelle fois intervenu pour empêcher qu’une initiative parlementaire remette en cause la loi socialiste sur les 35 heures nonobstant un rapport parlementaire qui en détaille la nocivité, et une majorité de députés acquis à l’idée de la réformer. On a donc compris qu’avant comme après les élections régionales du mois dernier, le Président de la République s’estime investi du rôle historique de sauvegarder tous les avantages acquis, qu’il serait d’ailleurs plus juste de dénommer des privilèges. Exactement comme son prédécesseur François Mitterrand…
Dans ces conditions, les grandes réformes que le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin dit vouloir promouvoir au cours du prochain mois, en tête desquelles celles du financement de l’assurance maladie, ne peuvent être que des replâtrages, du type Perestroïka.
Encore celle-ci eut-elle le mérite de commencer par la glasnost, c'est-à-dire la « transparence de l’information ». En France, en 2004, la glasnost a encore beaucoup de progrès à faire.
À peine arrivé à Bercy, Nicolas Sarkozy, nouveau ministre de l’Économie et des Finances, tient des propos d’un parfait bon sens sur la nécessité pour l’État de gérer ses finances en bon père de famille, sans vivre perpétuellement à crédit. Il avertit les Français qu’il y aura des ventes d’actifs pour rembourser les dettes de la France et il n’exclut même pas que l’État puisse vendre une partie du stock d’or de la Banque de France, autant dire ses bijoux de famille.
Dans une telle circonstance et après de tels propos, on s’attendrait à ce qu’un bilan sincère du patrimoine de l’État soit rapidement élaboré et publié. On en parle depuis vingt ans. Mais l’État, en France, contrairement à ce qu’il se passe dans la plupart des autres pays développés, est toujours dans l’incapacité d’établir un simple bilan, avec son actif et son passif.
Certes, l’exercice n’est pas simple. Il suppose une évaluation financière de quelque 30 millions de mètres carrés de bureaux et de plusieurs millions d’hectares, comme de milliers d’œuvres d’art. Mais beaucoup de pays y sont parvenus, certains depuis de longues années, comme le Canada et la Nouvelle-Zélande. Si on n’y parvient pas en France, ce n’est pas tant parce que c’est compliqué, mais parce que cela fera apparaître que la vraie dette est beaucoup, beaucoup plus élevée que ce qui est dit.
Comme Gorbatchev
On nous bassine avec les fameux critères de Maastricht. La dette publique de la France (non seulement celle de l’État mais aussi celle des collectivités territoriales et des entreprises publiques), selon eux, ne devrait pas dépasser 60 % du Produit intérieur brut. Or, nous étions à 64 % au 31 décembre dernier, et nous serons bientôt à 67 %. En valeur absolue, cela fait plus de mille milliards d’euros. C’est à la fois une somme énorme et un chiffre qui ne parle à personne. On comprend mieux quand, la rapportant à chaque citoyen français, bébés compris, on arrive au chiffre de 16 000 euros.
Mais cette dette - qui fait dire à Maurice Druon « Le bateau coule » - n’est, elle-même, que la partie visible de l’iceberg. Le jour où l’État arrêtera son bilan, il lui faudra bien établir des provisions pour payer les pensions de retraite de ses fonctionnaires. Ce qu’actuellement, il ne fait absolument pas. Selon une évaluation très conservatrice de la Cour des comptes, en 2003, ce sont encore 700 milliards d’euros qui apparaîtraient dans la dette publique. En toute rigueur, il faudrait aussi faire apparaître dans
les comptes des entreprises publiques comme EDF, SNCF ou Charbonnages de France, des provisions sincères pour les charges de retraite à verser à leurs collaborateurs et anciens salariés. La dette publique réelle est sans doute au moins deux fois plus importante que ne l’indiquent les chiffres officiels…
Dans son ouvrage « Des lions menés par des ânes » (édité par Robert Laffont), l’économiste Charles Gave estime que 40 % des emplois en France relèvent d’un secteur à caractère communiste, tandis que 60 % relèvent du secteur de la production capitaliste. La réforme consisterait à faire reculer les frontières de la production communiste au profit de la production capitaliste. Mais cela est strictement impossible, selon Charles Gave, car 100 % du personnel politique est lui-même issu du monde communiste : celui-ci a en effet réussi l’exploit de contrôler la totalité des leviers de commande, tant dans la politique que dans le monde culturel, lequel ne vit, pour l’essentiel, que grâce aux subventions accordées par les hommes politiques.
Dans certains pays, les systèmes publics déficients ont pu être réformés par des hommes politiques qui étaient issus de la société civile et non pas du sérail de la sphère publique. Les hommes politiques français, tous issus de la classe technocratique, ou bien ses complices, ne sont pas en mesure de mener les réformes nécessaires. D’ailleurs, contrairement à M. Gorbatchev, ils ne les souhaitent même pas...
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