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Entre l’islam et l’Opus Dei


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Lance Pierre - mercredi 17 mai 2006


Le film « Da Vinci code » sort ces jours-ci sur les écrans et au Festival de Cannes, précédé de l’énorme succès du livre de Dan Brown (traduit en 42 langues, plus de trois millions d’exemplaires vendus en France, plus de quinze millions vendus dans le monde à ce jour). La sortie du film est accompagnée de protestations de catholiques traditionalistes affirmant que ce roman historique véhicule un message antichrétien. Ayant moi-même lu le livre, si cela était vrai, je m’en serais aperçu, et me serais même fait un devoir d’en informer nos lecteurs.

Or, je puis vous assurer qu’il n’y a rien d’antichrétien dans ce roman, ni même de vraiment anticlérical. Certes, l’auteur développe l’hypothèse d’un mariage de Jésus avec Marie-Madeleine dont une descendance serait issue. (Il semble s’appuyer sur cette idée pour que l’on accorde à la femme une plus grande place dans le christianisme). Mais, outre que personne ne peut prouver ce mariage, on ne voit pas ce que cela changerait au message de l’Évangile. Alors pourquoi cette colère de certains mouvements et journaux catholiques ?

Eh bien ces gens sont tout simplement manipulés par l’Opus Dei, cette secte intégriste très puissante et très inquiétante, de l’avis même de certains catholiques libéraux, car Dan Brown relate effectivement dans son livre les pratiques pour le moins discutables de cette « Église dans l’Église », dont l’influence grandissante sur le Vatican en expliquerait pour une large part les positions les plus réactionnaires et les plus archaïques.

La congrégation de l’Opus Dei (en français « L’Œuvre de Dieu ») a été fondée en 1928 par le prêtre espagnol José Maria Escriva et elle soutint de son mieux le régime franquiste. À l’heure où l’Occident se sentait menacé à la fois par le nazisme et le communisme, beaucoup de catholiques, et on ne saurait les en blâmer, virent dans l’Opus Dei un rempart contre les idéologies totalitaires, sans se rendre compte que cette secte était elle-même absolument totalitaire, car elle ne vise rien moins que la soumission totale de la société civile à la dogmatique catholique, de manière assez analogue à la soumission à la « charia » que veulent les islamistes en pays musulman. À ceci près que ces derniers clament leur projet à la face du monde, tandis que l’Opus Dei œuvre dans le secret et la plus grande opacité. Or, elle dispose d’une énorme puissance financière. D’où lui vient-elle ? Principalement des riches bigots américains qui, à l’époque de la guerre froide, l’ont couverte d’or. À quoi il faut ajouter sa grande habileté en matière de captation d’héritages. Bref, l’Opus Dei a pu se faire construire à New York, au 243 Lexington Avenue, un bâtiment de 45 000 m2 qui a coûté plus de 47 millions de dollars et qui offre une particularité intéressante : les hommes sont seuls autorisés à y pénétrer par l’entrée principale, les femmes n’ayant droit qu’à une porte dérobée. Sans commentaire…

Quant à l’influence de la secte sur la Curie romaine, voici ce que Dan Brown nous en dit :
« L’influence de l’organisation traditionaliste s’était considérablement accrue ces dernières années. Son irrésistible ascension avait débuté en 1982. Cette année-là, Jean-Paul II avait inopinément décidé d’en faire une « prélature personnelle du pape », apportant ainsi sa caution officielle à la ligne de l’organisation. Mais un grave soupçon pesait sur la sincérité de cette élévation : la bénédiction papale avait été accordée l’année même où la florissante secte avait versé presque un milliard de dollars aux œuvres religieuses du Vatican (IOR), sauvant ainsi la « Banque du Vatican », comme on l’appelait alors, d’une banqueroute imminente. » Coïncidence troublante…

L’Opus Dei américaine recrute ses membres jusque sur les campus des universités. Ce qui lui a valu quelques déboires. Une jeune étudiante s’étant laissé « capter », ses parents, Dianne et Carlo Di Nicola, s’inquiétèrent de son changement de comportement et, bien que catholiques pratiquants eux-mêmes, enquêtèrent sur les pratiques de l’organisation. Horrifiés par ce qu’ils apprirent, non seulement ils parvinrent à lui arracher leur fille, mais ils créèrent une association de défense (L’Opus Dei Awareness Network) afin d’informer et de soutenir les familles des membres anciens ou actuels de la secte.


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