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Entretien avec Arnaud Guyot-Jeannin


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Entretien - mardi 14 avril 2009

liberalisme
ENTRETIEN

Journaliste et essayiste, Arnaud Guyot-Jeannin dirige la collection «  Vu autrement «  aux éditions de L’Âge d’Homme. Il a notamment publié deux ouvrages collectifs, Aux sources de l’erreur libérale (Pour sortir de l’étatisme et du libéralisme) en 1999 et Aux sources de la droite (Pour en finir avec les clichés) en 2000. Depuis, à travers son Libre Journal des enjeux actuels sur Radio Courtoisie, ses articles dans Le Spectacle du Monde, Le Choc du mois etc, il s’est penché encore davantage sur la question sociale et la civilisation du travail, la mondialisation et le néo-libéralisme, l’écologie et la décroissance.

1) On associe classiquement la droite avec la » liberté » et la gauche  avec l’« égalité ». Pourtant, vous vous revendiquez à la fois "de droite" et "antilibéral". N'est-ce pas contradictoire ?

Arnaud Guyot-Jeannin : La contradiction réside plutôt dans l’involution de la droite à l’égard du libéralisme. S’il est vrai que le thème unitaire des gauches reste « l’égalité », la droite est moins monolithique que sa rivale historique. Elle peut se réclamer de la « liberté » bien sûr, mais aussi de la « religion «, de la « tradition », de « l’identité » etc. La liberté n’est pas un référent exclusif dans le corpus doctrinal de la droite. Ils demeurent même ambivalents de nos jours. Historiquement, après 1789, l’homme de droite est attaché à la liberté corrélée à la responsabilité et aux libertés locales, professionnelles etc agrégées au Bien commun.
Alors que la gauche est égalitariste, bourgeoise et individualiste, la droite s’affirme élitiste, monarchiste et corporatiste. Récusant l’universalisme abstrait, elle se prononce en faveur du réalisme chrétien. Elle croit en Dieu et non en Mammon. Elle défend le Roi et pas l’argent Roi. Elle considère son prochain comme un frère et nullement comme un concurrent. Mais, au fur et à mesure du temps, la droite, par essence contre-révolutionnaire, s’est laissé gagner par les idées révolutionnaires dont le libéralisme fait partie.
L’anthropologie libérale définit l’homme comme un être essentiellement calculateur, rationnel et intéressé par maximiser ses intérêts. C’est donc elle qui se trouve en contradiction avec la conception classique de la droite selon laquelle l’homme est un animal social et solidaire des différents membres appartenant aux communautés naturelles incluses dans la Cité.

2) Dans quelle filiation s'inscrit cette "droite antilibérale"?

A.G.J : Elle s’inscrit dans la lignée des catholiques sociaux comme Alban de Villeneuve-Bargemont et René de La Tour du Pin au XIX e siècle, l’Action Française et Le Cercle Proudhon au début du XXe siècle, la mouvance des non-conformistes des années 30 (Georges Bernanos, Thierry Maulnier ou Jean-Pierre Maxence etc), mais aussi d’un certain corporatisme social dans les premières années de la Révolution nationale. Après guerre, un timide gaullisme populaire, mais surtout des essayistes libres comme Maurice Bardèche, Thomas Molnar, Pierre Boutang, Paul Sérant, Jean Cau etc participeront à faire renouer la droite avec la critique du capitalisme libéral. A partir de la fin des années 70/ début des années 80, la Nouvelle droite et Alain de Benoist poursuivront cet effort critique en l’adaptant au nouveau contexte de la globalisation techno-économique.

3) Pensez-vous que le libéralisme forme un bloc (économique,  politique, philosophique...), dont vous rejèteriez tout ou bien certains aspects du libéralisme vous semblent-ils importants?

Il existe une unité du libéralisme. Loin de moi, l’idée qu’il n’existe pas une droite libérale avec quelques variantes sociales ou plus libertariennes ! Mais, elle n’est pas née aussi naturellement que veulent bien le dire les libéraux. A cet égard, le libéralisme est fondamentalement impolitique et menace le vivant en réactualisant le vice égoïste de l’homme. Il aménage économiquement une superstructure où le renard se trouve libre dans un poulailler libre, mais qui comprend quelques très minces passages par lesquels les poules peuvent s’échapper. Vous avez dit constructivisme ? Le libéralisme donne un semblant de liberté à l’homme. En réalité, il représente son étouffoir auquel il parvient avec le consentement naïf de celui-ci.

Le libéralisme moral et philosophique débouche sur le relativisme du « tout vaut tout » indifférencié. Il abolit les cadres traditionnels structurants (famille, métier, paroisse, région, nation etc) au profit d’une dictature des minorités homosexuelles, immigrées extra-européennes etc. Quant au libéralisme économique, il participe du même processus d’éradication des cadres traditionnels par son mondialisme financier et son nomadisme globalisant en atomisant, précarisant et délocalisant les individus et les peuples. D’ailleurs dans ce système où égalitarisme politico-médiatico-éducatif et capitalisme financier, transnational et immatériel se conjuguent pour abolir la morale traditionnelle, les frontières historiques et l’identité des peuples, même les homosexuels perdront leur différence sexuée et les immigrés extra-européens seront dessaisis de leur culture particulière.

Il faut en finir avec l’économisme et le totalitarisme du marché. En terminer avec la frénésie productiviste/consumériste, le calcul marchand et l’axiomatique de l’intérêt ! Il est donc nécessaire de remettre en cause l’individualisme libéral et le capitalisme mondialisé qui engendrant une libre circulation des marchandises, des capitaux et des hommes – et acceptant ainsi les règles d’un monde sans règles-, favorisent le déracinement, la précarité et une anomie sociale aboutissant à la société dépressive que nous subissons.

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