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Entretien avec Thierry Bouzard : La chanson populaire est subversive |
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Entretien - mardi 06 octobre 2009
culture, tradition
Entretien avec
Thierry Bouzard
Thierry Bouzard, journaliste à Monde & Vie, travaille sur les chansons de tradition orale depuis plus de trente années. Il anime une émission sur Radio Courtoisie.
1.Pouvez-vous nous dire à quand remonte votre passion pour la chanson ?
Autant que je me souvienne, je chantais Pipiou et Colargol quand j’étais petit. Mais j’ai vraiment commencé à collecter les recueils de chansons lors de mon service militaire. Au départ simple intérêt pour retrouver les paroles et apprendre de nouveaux chants, cette collection a dérivé vers un fichier avec classement des titres et recherche de leurs origines. Il a aussi fallu que je me remette au solfège pour pouvoir transcrire les mélodies des chants dont je ne trouvais pas les partitions. J’ai progressivement réalisé que les informations manquaient et que j’étais en train de réaliser l’exploration d’une “terra incognita” en matière de chanson de métier.
2. Quel est votre domaine de prédilection ?
Mon domaine de départ concerne les chansons de soldats. Après avoir collecté autour de moi les recueils et les enregistrements, je suis allé explorer les bibliothèques et les archives militaires et civiles. Je me suis rendu compte que j’étais le premier à travailler sérieusement sur ce répertoire, qu’il s’agissait du dernier répertoire de chants de métier encore utilisé dans le cadre de son activité, ce qui signifie que les chants se transmettent de bouche à oreille entre chanteurs qui ne connaissent généralement pas la musique.
J’ai été amené à étudier la chanson populaire française, répertoire beaucoup mieux connu. Ce qui m’a amené à vouloir confronter mes collectes avec des musicologues de la chanson traditionnelle. Mais là, même ostracisme que dans les conventions du disque (lieux où se vendent les disques d’occasion) : « vous cherchez des disques de chants militaires ? (air condescendant, voire méprisant) Regardez là-bas au fond, il y en a peut-être », ou « je ne fais pas. » Cette ignorance m’arrangeait car les rares disques que je trouvais se monnayaient pour pas grand-chose !
J’ai longemps été confronté à la même attitude dans les milieux institutionnels de la chanson traditionnelle. Quand il s’agit d‘échanger des résultats de recherches, ce manque de curiosité manifeste est un peu ridicule. Etant de nature anticonformiste, cela ne m’a pas empêché de continuer mes travaux.
Après des annés de collecte de recueils et d’enregistrements et de contacts avec ceux qui pratiquent le chant militaire, j’ai pu commencer à cerner ce répertoire. Car il faut bien voir que ce répertoire n’existe que dans la mémoire de ceux qui le pratiquent. Les recueils comme les enregistrements n’en donnent qu’un aperçu partiel.
A titre d’exemple, on ne trouve jamais dans les recueils militaires d’avant 1914, les chansons préférées des soldats. Celles qui sont publiées, appartiennent plutôt au genre patriotique alors que la troupe préférait le répertoire du café-concert, plus utile pour aider lors des longs déplacements à pied. Ces chansons disparurent du répertoire militaire avec les hécatombes du début de la guerre. Le fil de la mémoire avait été rompu. Si des chants disparaissent, d’autres sont créés comme, par exemple pendant les guerres d’Indochine et d’Algérie. L’armée est un monde de réglements, mais il a fallu attendre les années 1980 pour voir publier le premier receuil de chants réglementaires, le TTA 107, toujours en vigueur mais jamais appliqué ! Car la chanson ne se réglemente pas. Le commandement peut bien user de son pouvoir pour imposer un chant, la troupe le chantera peut-être, mais elle ne l’introduira réellement dans son répertoire que s’il lui plaît. Et là, les ordres ne suffisent pas.
La chanson maintient de la poésie en montrant qu’il est impossible de tout réglementer. La chanson de soldat relève de la coutume, du consommable, on le constate en observant que les recueils publiés par les corps de troupes, petits livres qui devraient faire l’objet d’un dépôt légal obligatoire, ne sont jamais trasmis à la Bibliothèque nationale ni archivés dans aucune documentation militaire. Ils sont donnés, utilisés, les chants en partie appris et les recueils sont finalement jetés car devenus inutiles. J’en ai personnellement collecté quelques-uns dans une indifférence militaire et culturelle générale. Peu importe, la matière brute est réunie et quelques fois sauvée de la disparition.
3. Quels sont vos derniers ouvrages ?
Etant collecteur plutôt que collectionneur, mon objectif est de mettre à disposition ces répertoires afin qu’ils continuent de vivre. Je publie donc des enregistrements de chansons sur disque compact. Le dernier paru réunissait des chansons et musiques militaires anciennes sous le titre de Chansons des soldats du roy. Il s’agit du huitième de la collection des chants de soldats.
Mais je m’intéresse à tous les répertoires de tradition orale et j’ai publié l’année précédente Cantiques de toujours, une compilation de cantiques catholiques traditionnels dont les enregistrements n’étaient plus disponibles dans le commerce. Mon émission sur Radio Courtoisie, tous les samedis de 22h à 23h est consacrée à la chanson traditionnelle de France et d’Europe.
J’ai aussi publié en 2008 un recueil de chants politiques, Chants des luttes. Comme le précédent, Chants des traditions, il s’agit de recueils qui fournissent chaque chant avec sa partition et un historique permettant de savoir d’où il vient. Chant des luttes présente plus d’une centaine de chants politiques de droite français et européens généralement difficiles à trouver, et encore plus avec leur musique. En effet, on trouve des bennes à ordures de chants révolutionnaires, en carnets ou en enregistrements, mais jamais les chants de ceux d’en face.
Pourtant, pas de révolutionnaires sans des contre-révolutionnaires ! Bien que ces termes représentent mal la diversité des chants concernés.
Quoi de commun entre la Marseillaise, le Chant des partisans, Les Bleus sont là, Le Combat de demain ou la Blanche hermine, sans parler des chants étrangers Brüder in Zechen und Gruben, Giovinezza, Zeby Polska, Rex vaincra, Oriamendi ou la Lupta muncitori !?
La chanson populaire est un répertoire de transmission orale. Ce répertoire est donc tributaire de ceux qui l’utilisent. Il évolue donc en fonction des modes, des goûts et des circonstances. Des chants apparaissent, d’autres disparaissent. Témoignages d’événements importants ou anecdotiques, ils appartiennent tous à l’histoire et à ce titre méritent d’être sauvegardés. C’est un des rôles de ces recueils. Si celui consacré aux chansons politiques n’est évidemment pas à mettre entre toutes les mains, par contre Chants des traditions offre une sélection des plus beaux chants du répertoire populaire français. Pour mettre ces chants à la portée de tous, les recueils sont fournis avec un cd sur lequel figurent toutes les mélodies des chants publiés. Car il ne s’agit pas d’un recueil de paroles de chansons, mais d’un recueil de chansons avec leur musique.
4. Pouvez-vous faire un état des lieux du créneau culturel que vous occupez ?
Créneau, muraille… combat culturel ? La chanson traditionnelle n’est plus vraiment l’objet d’un enjeu culturel. Tout du moins celle d’origine française. Elle est submergée par les chansons d’origine étrangère. Que ce soit la chanson anglo-saxonne dans le domaine commercial ou les cultures extra-européennes, la mode est au métissage, ou plutôt à l’abandon de notre mémoire chansonnière.
Là se situe peut-être encore un combat culturel. Le courant folk des années 70 en a été le chant du cygne. Sympathique au demeurant, mais ayant une vision politisée du répertoire. Cette récupération politique a certainement contribué à un certain recul. Ce n’est plus la mode, la chanson traditionnelle française n’est plus dans l’air du temps. L’exemple emblématique du désintérêt, pour ne pas dire du mépris dans lequel est tenu ce patrimoine est la fermeture du musée des Arts et traditions populaires qui recélait dans ses collections une quantité d’enregistrements de chansons des provinces de France.
Cette fermeture a coïncidé avec l’inauguration en grandes pompes du musée des Arts premiers… Pourquoi ce mépris ? Il y a pourtant moyen de faire autrement. Les Anglo-saxons qui ont inventé le concept de folklore ont réalisé un travail considérable sur leurs musiques et chansons populaires. Ils mettent à disposition sur Internet, des sites remarquables qui ne se contentent pas de fournir les paroles avec l’air, mais les différentes versions avec les références bibliographiques des publications dans lesquelles sont apparues leurs chansons. En France, c’est l’immobilisme des associations et fédérations subventionnées, on entretient sa petite clientèle pendant que le patrimoine se désagrège.
Pourtant la matière est disponible, réunie par les collecteurs des XIXe et XXe siècles, des partitions sont publiées aux XVIIe et XVIIIe siècles. Je rêve d’un site qui présenterait les mélodies à la mode année après année depuis 1550. On ne peut comprendre un peuple sans connaître son environnement musical. La documentation à dispositions, certains ont même déjà commencé à y travailler, sans subventions bien sûr.
Les Américains n’ont jamais eu besoin de subventions pour créer des groupes de reconstitution avec des académies de musique ancienne enseignant leur répertoire historique aux jeunes générations. Mais ne croyez pas que les Américians soient les seuls à avoir les moyens de faire revivre leurs chansons anciennes. Après le changement de régime en Russie, les anciens chants de soldats interdits pendant l’ère soviétique ont tous été réenregistrés. J’en ai commercialisé une sélection sur le cd Chants des soldats des tsars en 2007.
En France, le travail reste largement à faire.
5. Le chant populaire est-il subversif ?
Aujourd’hui avec des élites culturelles qui éxècrent l’identité nationale, éminement ! Mais pas il n’en a pas toujours été de même. La révolution et ses chansons idéologique a rompu le fil de la mémoire populaire. Les premières collectes de chansons traditionnelles sont post-révolutionnaires, elles se poursuivront avec des publications de recueils bien après la fin du siècle sans pouvoir enrayer la disparition de la pratique du répertoire ancestral. La radio et l’enregistrement vont achever la destruction de ce répertoire de tradition orale.
La chanson est un répertoire qui évolue au rythme de la vie du peuple, c’est-à-dire lentement. Semblable à ces courants sous-marins invisibles en surface. Par moments, de violents soubresauts l’agitent, telle une éruption sous-marine et le répertoire va se trouver bouleversé par de nouvelles chansons créées dans ces circonstances. Elles vont venir recouvrir les plus anciennes pour constituer la mémoire populaire. Ces mouvements sont révélateurs de l’agitation qui habite le peuple. En France sous la monarchie, le roi demandait à son lieutenant de police de surveiller les chansonniers du Pont-neuf. Depuis sa construction, ce pont était la caisse de résonnance de l’âme populaire parisienne. Les plus apréciés des chansonniers venaient y intreprèter leurs nouvelles créations qui étaient ensuite colportées dans tout le royaume. Il était donc l’enjeu des factions qui intriguaient dans l’entourage royal, finançant l’un ou l’autre poète pour tourner une chanson contre tel ou tel personnage de l’Etat. On vit fleurir ces répertoires pendant les mazarinades ou la Fronde. Le roi surveillait naturellement cette agitation de près.
Le pouvoir se méfie toujours du peuple et surveille donc particulièrement ses changements d’humeur imprévisibles et dangereux pour celui qui veut se maintenir en place. Il doit donc surveiller de près l’évolution de l’opinion. La chanson traditionnelle est aujourd’hui devenue subversive par son contenu identitaire.
6. Le patrimoine du chant populaire est-il en danger ?
En tant que répertoire imprimé, il n’y a plus de danger qu’il disparaisse. En tant que répertoire vivant de transmission orale, il a pratiquement disparu. Qui chante encore quotidiennement de nos jours ? Combien de nos compatriotes peuvent encore chanter dix chansons issues du répertoire ancestral ? Bien sûr tout le monde peut se procurer des enregistrements de qualité, mais qui chante en famille, lors d’une réunion d’amis ?
Pourtant le chant a un rôle éminement prophylactique. Presque magique, bien qu’en réalité il ne s’agit que de processus physiologiques ordinaires. Que chacun en fasse l’expérience. Il suffit de chanter le matin au réveil en prenant sa douche. Pas une grande œuvre lyrique, juste une petite chanson bien ordinaire. L’important est de créer soi-même des vibrations, faire entrer en résonnance par le chant ses cordes vocales avec les cavités de son organisme. De manière naturelle, ces vibrations vont exercer immédiatement une influence positive sur notre psychisme. La puissance de la chanson est intacte. Ce qui est valable au niveau individuel, l’est aussi bien au niveau collectif. La chanson reste un des meilleurs outils que nous ont légués nos ancêtres pour lutter contre la dureté des temps qui sont les nôtres. A nous d’en tirer profit.
http://chantmilitaire.blog.de
Repères biblio :
Histoire du chant militaire français, Thierry Bouzard, Grancher, 2005.
Chants des traditions, Thierry Decruzy, L’Æncre, 2003.
Chants des luttes, Kirill Prokohtoff, L’Æncre, 2008.
Anthologie du chant militaire français, Thierry Bouzard, Grancher, 2000.
Histoire de la chanson française. Des origines à 1860, Claude Duneton, 2 tomes, Seuil, 1998.
Repères audio :
Chants et musiques militaires (10 CD), France-production.
Anthologie de la chanson française, la Tradition (14 CD), collectif , EPM, 1993-1994
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Conflit
En 2008, les journaux télévisés des six chaînes hertziennes nationales ont consacré près de 400 sujets au conflit israélo-palestinien. C’est nettement plus qu’en 2000 (231 sujets), c’est même plus que la moyenne de ces dix dernières années (3 378 sujets en dix ans), mais c’est beaucoup moins qu’en 2006 (1 043 sujets, notamment du fait de la guerre au Sud-Liban) !
Medias
TF1 > Après une croissance régulière jusqu’à un pic à 41,6 % au début des années 1990, l’audience de TF1 ne cesse de chuter : elle n’était plus que de 26,3 % début septembre.
Parisien > Le quotidien « Le Parisien » a connu une baisse de 7 % de sa diffusion payée entre le premier semestre 2008 et le premier semestre 2009. Il reste cependant acheté chaque jour par 307 489 personnes !
Ina > Le site d’archives de l’Ina (Institut national de l’audiovisuel) a été totalement refondu à la fin de l’année dernière. Grand succès : le premier jour de la mise en ligne du nouveau site, le 25 juin, 1 160 000 pages et 560 000 vidéos ont été vues !
Facebook > 300 millions de personnes dans le monde sont utilisatrices du réseau social Facebook, soit 23 % des internautes. La France compte, quant à elle, 12 millions d’utilisateurs !
Publicité > Les annonceurs américains ont dépensé 60,9 milliards de dollars au premier semestre de l’année 2009. Soit une baisse de 14,3 %. Ce chiffre moyen cache une forte disparité : la baisse est de 10 % pour la télévision, de 20,9 % pour la presse magazine et de 24 % pour la radio. Bonne surprise : la publicité sur internet augmente de 6,5 %. |
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