Tolbi Eric - dimanche 19 février 2006
L’excellent ouvrage de Nicolas Lecaussin, « Cet Etat qui tue la France », publié l’an dernier aux éditions Plon, vient de trouver dans les récents déboires du groupe Eramet (groupe sidérurgique et minier français dont le siège social est à Paris et exploitant historique du nickel de la Nouvelle-Calédonie), une nouvelle illustration, l’illustration même de la défaillance totale de l’Etat français.
La presse économique a relaté ces dernières semaines les péripéties du groupe Eramet, détenu par des sociétés d’investissement françaises à hauteur de 37,21 % et par l’Etat français à hauteur de 26 %, via le groupe nucléaire public Areva. En 1998, les accords de Bercy, ayant pour but de pacifier la situation politique très tendue en Nouvelle-calédonie, ont entraîné l’expropriation d’une part importante des réserves minières (gisement de Koniambo) du producteur français Eramet, au profit du deuxième producteur canadien, Falconbridge, associé au mineur local, la SMSP (sous contrôle des indépendantistes Kanak).
Le tribunal de grande instance de Paris a débouté le groupe Eramet le 28 décembre dernier, de sa demande de gel des titres, concernant le gisement minier de Koniambo en Nouvelle-Calédonie qui reviendront au concurrent d’Eramet, le canadien Falconbridge.
Ce dernier était supposé confirmer avant le 31 décembre 2005, conformément aux accords de Bercy, sa décision irrévocable de construire avec son partenaire local la SMSP, une usine de traitement du nickel dans le nord de l’île, et cette décision n’a toujours pas été confirmée.
Ironie du sort, Falconbridge est l’objet d’une OPA amicale de son concurrent Inco, Canadien lui aussi, également présent en Nouvelle-Calédonie, et propriétaire du gisement de Goro dans le sud de l’île. Ce gisement appartenait auparavant au Bureau de Recherche Géologique et Minière, établissement public français. Il fut transféré par l’état français au Canadien Inco, moyennant la très modique somme de 16,5 millions d’euros.
Le Canadien Inco contrôlera bientôt environ 70 % des réserves exploitables de nickel en Nouvelle-Calédonie (environ 25 % des réserves mondiales selon les spécialistes), sans avoir rien payé (sauf 16,5 millions d’euros au BRGM) et aura reçu, au terme des largesses en cours de distribution, des subventions de l’Etat français de l’ordre d’un milliard d’euros. Un grand merci aux contribuables français !
Patriotisme économique
Le chef de l’Etat, lors de la présentation de ses vœux aux Français au début de l’année 2006, a parlé de patriotisme économique. Les citoyens français sont maintenant accoutumés aux déclarations et promesses du chef de l’Etat qui ne sont qu’un superbe enfilage de mots creux, de belles idées fumeuses et de contre-vérités.
La réalité est beaucoup plus crue : l’Etat français et ses plus hauts représentants, du chef de l’Etat aux élus de l’Assemblée nationale qui, à quelques exceptions près, n’ont guère émis de protestations, ont sciemment favorisé des intérêts économiques étrangers aux dépens de l’intérêt national représenté par l’entreprise Eramet, dont l’Etat est actionnaire.
L’État français, faisant preuve dans cette malheureuse affaire d’un anti-patriotisme patent, aura préféré, au travers de subventions généreuses, favoriser la création d’emplois salariés, à Toronto plutôt qu’à Paris et menacer gravement la pérennité d’une entreprise qui aura du mal à survivre à moyen terme à une telle ingérence de l’Etat dans ses affaires. Sur un autre plan, les contribuables français sont en droit de se demander si la Nouvelle-Calédonie, qui ne relève plus du statut des DOM-TOM, mais du POM (Pays d’Outre Mer), est encore un territoire français. La République entretient à grand frais un effectif pléthorique de fonctionnaires, qui contribue pour la majeure partie au budget de fonctionnement de l’île, et ces fameux « transferts » entretiennent ainsi une économie totalement artificielle quand la dette publique de la France avoisine les deux mille milliards d’euros.
Si, malgré sa « générosité », l’Etat « justifie » son action pour écarter des risques probables d’agitation en Nouvelle-Calédonie, et si le soit disant chantage exercé par les indépendantistes est de nature à orienter une telle décision de la part de l’Etat français, alors il faut donner l’indépendance à ce territoire dans les plus brefs délais, et ce avant la présidentielle de 2007 !
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