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Europe : en finir avec la « subventionnite » agricole |
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Baudouin Pierre - lundi 03 août 2009
agriculture
La Commission européenne vient de sommer la France de respecter les règles de concurrence en vigueur dans l’Union, et tout spécialement au sein de la Politique agricole commune. Et la France, par la voix de son ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire, a fait savoir qu’elle se plierait à ces injonctions.
Ce qui est en cause, concrètement, ce sont 500 millions d’euros de subventions gouvernementales versées entre 1992 et 2002 aux producteurs de fruits et légumes.
Naturellement, à peine le gouvernement avait-il fait savoir sa volonté de suivre les règles européennes, et donc de se faire rembourser les subventions incriminées, que les syndicats agricoles, notamment la puissante FNSEA, ont signalé que cette décision serait très difficile à appliquer.
Pour au moins une bonne raison. La filière fruits et légumes traverse actuellement une grave crise et l’on imagine mal des agriculteurs, qui peinent déjà à survivre, trouver de quoi rembourser. D’autant plus que bon nombre d’anciens exploitants subventionnés ont déjà mis la clé sous la porte et qu’il sera, par conséquent, bien délicat de récupérer les subventions qu’ils avaient perçues…
Mais cet épineux dossier montre surtout à quel point les politiques européenne et française sont absurdes.
Au plan européen, on peut se demander – ce que les Britanniques notamment ne se privent plus de faire à haute voix – s’il est légitime que la PAC soit la principale politique commune, alors que l’agriculture pèse en moyenne moins de 3 % du PIB des différents pays de l’Union.
On peut surtout se demander s’il est cohérent de monter de coûteux projets de relance dans de nombreux secteurs, notamment le secteur automobile, pour faire face à la crise économique actuelle, et d’exiger des agriculteurs le remboursement de subventions déjà anciennes. Pourquoi serait-il préférable de subventionner l’industrie automobile plutôt que les producteurs de fruits et légumes ?
Et je n’aurai pas la cruauté de rappeler qu’en ces temps où tout le monde joue à « plus écolo que moi, tu meurs », il serait plus rationnel de supprimer les subventions du secteur automobile et d’augmenter celles des maraîchers – tout de même moins polluants que les voitures !
C’est, au demeurant, le principal problème des subventions : le pouvoir s’arroge le droit de dire quel secteur est bon et prioritaire pour la population. Mais laissez donc la population en décider elle-même ! Si nous jugeons qu’il y a un surplus de fruits et légumes, notre consommation sera plus faible que la production et, à terme, des exploitations fermeront ou se recycleront.
Pourquoi le pouvoir saurait-il mieux que nous ce qui est bon pour nous ?
Du point de vue français, l’incohérence n’est pas moins grande. Pour faire face à une contestation ou à un problème sectoriel, la classe politico-médiatique ne connaît qu’un moyen : subventionner. Qu’importe si cela ne fait que repousser le problème, soit sur d’autres secteurs, soit dans le même secteur quelques années plus tard (nous y sommes pour les maraîchers).
Donc, on subventionne. On paie ensuite des amendes pour distorsion de la concurrence. Et, enfin, on réclame le remboursement des subventions. Brillante politique, en vérité !
Sur le fond, je suis assez favorable à la coopération entre pays européens. Mais pourquoi diable faudrait-il qu’elle passe par le prisme technocratique d’« élites » censées tout savoir mieux que tout le monde ?
Reconnaissons d’ailleurs que l’Union européenne nous évite, à nous Français, de passer complètement à une économie soviétique, comme notre caste dirigeante semble le désirer (le pays « idéal » étant manifestement pour elle un pays où tout le monde serait subventionné et, en échange, se verrait prendre l’intégralité de ses revenus par l’État !).
Mais l’UE ne semble pas moins dogmatique que les socialistes (y compris de « droite ») qui nous gouvernent. En particulier, son apologie à tout crin de la concurrence ne me paraît pas saine. Bien sûr, il vaut mieux de la concurrence qu’un monopole, mais une concurrence réalisée sous la contrainte d’un monopole administratif est-elle véritablement la condition de notre liberté et le gage de notre efficacité économique ?
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