Aftalion Florin - mercredi 02 avril 2008
euthanasie
Les souffrances de Chantal Sébire ont relancé le débat sur l’euthanasie – ou, plutôt, pour parler clair, sur le « droit au suicide assisté ». La loi Léonetti, du 22 avril 2005, se trouve mise en accusation. Mais, au-delà du cas particulier, le traitement médiatique de l’affaire laisse rêveur.
La première chose qui saute aux yeux, dans le traitement journalistique du cas de Chantal Sébire, c’est le caractère superficiel de la presse française. Mais, dans cette affaire douloureuse, la légèreté confine au criminel – car on prétend s’arroger le droit d’abréger la vie d’autrui sur la base de renseignements erronés. Ainsi, la quasi totalité des commentateurs ont répété qu’il était impératif de revoir la législation en matière de fin de vie, pour deux raisons : la loi Léonetti serait un « étouffoir », imposé par la droite réactionnaire, du débat sur l’euthanasie, d’une part ; et, d’autre part, le cas de Chantal Sébire justifierait l’aide médicale au suicide du fait de douleurs insupportables et incurables.
Or, l’une et l’autre de ces affirmations sont largement discutables.
Il n’est pas certain que tout ait tenté pour apaiser les douleurs de Mme Sébire. On sait, en particulier, que la proposition du Pr Arnold Munnich, conseiller de Nicolas Sarkozy pour les questions de santé et de recherche, d’une nouvelle expertise médicale n’a pas été suivie.
Plus généralement, il semble que Mme Sébire se soit tenue (ou ait été tenue, dans le cas malheureusement envisageable où elle aurait été manipulée) à l’écart de toute proposition de soins palliatifs et de traitement de la douleur. Je ne vois donc pas comment l’on pourrait, sur la base de ce dossier manifestement incomplet, et peut-être même volontairement tronqué pour faire de Chantal Sébire la nouvelle « icône » du lobby pro-euthanasie, considérer que, dans certains cas où la douleur est insupportable et incurable, la législation actuelle serait inadaptée. En réalité, personne ne sait si Mme Sébire aurait pu finir ses jours sans souffrir.
Quant à la loi Léonetti, le moins qu’on puisse en dire, c’est qu’il ne s’agit pas d’une loi « réactionnaire ».
Il faut noter que cette loi a été élaborée dans le même genre de contexte passionnel que l’affaire Sébire. Il s’agissait à cette époque de l’affaire Vincent Humbert. Mais la logique est toujours la même : focaliser l’attention sur un cas douloureux, sans donner au public les moyens d’apprécier la situation (faute de compétences médicales, bien sûr, mais aussi faute de laisser les points de vue discordants s’exprimer dans la presse), et réclamer dans la foulée un changement de la loi. Rappelons au passage que, quelques mois après la mort de Vincent Humbert, l’un de ses médecins avait signalé que, selon lui, le jeune homme n’avait aucune volonté de mourir…
Quant au contenu, la loi Léonetti regardait, ce qui me semble du bon sens, du côté de la limitation de l’acharnement thérapeutique – et non du côté de l’augmentation des « droits » du corps médical en matière d’interruption de la vie. Personnellement, je pense que cette loi Léonetti fait courir des risques non négligeables aux patients incapables d’exprimer leur volonté. Le corps médical ou les proches peuvent être tentés de considérer que ces patients souhaitent en finir avec un « acharnement thérapeutique » et donc les « débrancher » sans leur aveu. Par ailleurs, la loi Léonetti encourage logiquement l’utilisation de produits analgésiques pour adoucir les souffrances. Or, ces produits ont souvent comme « effets secondaires » d’abréger la vie (et sont parfois utilisés en milieu hospitalier principalement en vue d’abréger la vie, l’effet secondaire devenant l’effet recherché…). Par conséquent, la loi Léonetti n’est certes pas dépourvue d’ambiguïté. Mais il faudrait une exemplaire mauvaise foi pour considérer qu’elle constitue une obligation légale de souffrir !
Par ailleurs, on voit mal pourquoi une loi « Sébire » aurait une durée de vie plus longue qu’une loi « Humbert ». La logique médiatique, fondée sur la compassion sur commande, et l’absence de réflexion, s’oppose frontalement à la logique législative.
Peut-on ajouter encore que les enjeux économiques de l’euthanasie sont trop clairs pour qu’on puisse les négliger : dans un pays où la Sécu est en déficit chronique, où il y a trop peu d’enfants et où le nombre de vieillards croît exponentiellement, qui ne voit que certains lobbies ont des intérêts manifestes – et qui n’ont rien à voir avec la douceur de la fin de vie – à légaliser l’euthanasie ?
Or, la législation d’un pays civilisé doit viser prioritairement la protection des plus faibles. La France ne se grandirait certainement pas en légiférant dans l’émotion et dans l’urgence sur ce dossier…
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