Rouxel Jean - dimanche 28 août 2005
L’évacuation des colonies juives de la bande de Gaza se termine et, pour le moment, les opérations se déroulent correctement. Il faut noter cette efficacité d’un État encore jeune. Alors que bon nombre de journalistes nous annonçaient que l’armée refuserait d’effectuer ce “sale boulot”, l’armée a été dans son écrasante majorité fidèle au gouvernement. Et la population semble accepter la décision prise par ses représentants. Tout ceci n’est pas rien. Car il faut se souvenir que cette évacuation va contre un certain nombre de principes du sionisme et du rabbinisme. En particulier, il est évident que Gaza est une terre “biblique”, et donc appartenant à Israël dans les frontières que lui assigne le Talmud. Et, par ailleurs, les colons ont admirablement satisfait aux idéaux d’implantation du sionisme laïque (ils ont fait “fleurir le désert”, comme le dit l’imagerie populaire juive). En outre, cette évacuation concerne des terres acquises récemment. La plupart des colons se souviennent fort bien que, trente ans plus tôt, il n’y avait rien dans la bande de Gaza et que toutes les plantations sont leur œuvre. Aussi les abandonner, sans défaite militaire, doit-il être particulièrement pénible. À l’étendue de ce drame, on mesure ce que cet acte politique a dû coûter à Ariel Sharon. Mais, au-delà de cette impressionnante décision politique, et de cette impressionnante réussite, l’évacuation de la bande de Gaza marquera-t-elle le début d’un véritable processus de paix? Ce n’est pas sûr. Tout d’abord, la décision d’Ariel Sharon divise l’opinion publique. Or, la constitution d’Israël est extrêmement proche de notre IVe République. Il se pourrait donc que la majorité actuelle se délite dans les mois prochains et que la société entre dans une ère de turbulences. Par ailleurs, même si le bien commun du peuple d’Israël exigeait – ce qui n’est pas certain – l’évacuation de Gaza, il n’est jamais bon de fonder une politique de long terme sur ce qui ne peut apparaître que comme l’oppression et l’injustice vis-à-vis d’une minorité (et même, à certains égards, de la sanior pars) qui n’a certainement pas démérité en s’implantant à Gaza. Enfin, il est possible que les terroristes du Hamas en déduisent qu’ils peuvent, à terme, récupérer tout Israël, puisque l’Occident (États-Unis en tête) semble toujours aussi pusillanime dans la défense de ses “avant-postes”. Mais, on peut aussi espérer que cette main tendue par Ariel Sharon soit saisie par les dirigeants palestiniens et qu’à leur tour, ils cherchent une solution pacifique et aussi juste que possible à ce sanglant conflit…
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