Thieulloy (de) Guillaume - mardi 24 mars 2009
religion
Début mars, une « information » extraordinaire a traversé l’Atlantique : une petite-fille de 9 ans, violée par le compagnon de sa mère, avait conçu, puis avorté, deux jumeaux. L’archevêque de Recife, Mgr Cardoso Sobrinho, supposé « ultra-conservateur », aurait alors fulminé l’excommunication de tous les intéressés.
L’histoire a donné prétexte à un déchaînement médiatique impressionnant. Plusieurs évêques français se sont sentis obligés de condamner leur confrère brésilien. Et ne parlons pas des hommes politiques, angoissés à l’idée de manquer l’occasion d’un communiqué… Seul « petit » problème : tout ce déchaînement ne repose sur rien ! Plus exactement, il repose sur une remarquable manipulation politico-médiatique du camp « progressiste » au Brésil.
Voici les faits avérés : effectivement, une fillette a été violée par le concubin de sa mère pendant des années et a conçu des jumeaux – fait rarissime, mais non unique, puisqu’il paraît qu’une petite-fille de 5 ans a donné naissance à un enfant en 1939, une à 8 ans en 2000, 4 à 9 ans…
Lorsque la nouvelle de cette grossesse a été connue du curé de la paroisse de la fillette – dont le témoignage est disponible en français, mais n’a, comme par hasard, jamais été utilisé par les médias français –, celui-ci a, pendant plusieurs jours, multiplié les démarches et a finalement réussi à réunir les fonds et les compétences médicales pour accompagner la grossesse de cette petite fille.
Cependant, le Brésil du président « Lula » débat actuellement de la possibilité de changer la loi sur l’avortement, après un premier échec du président trotskiste sur ce sujet (plus de 80 % des Brésiliens étant hostiles à toute modification de la loi interdisant l’avortement). Comme la plupart des gouvernements de gauche et d’extrême-gauche, Lula a en effet abandonné l’espoir d’améliorer les conditions de vie des plus pauvres (son marxisme-léninisme ne peut lui être d’aucune utilité en la matière !…) ; il se rabat donc sur les « mesures sociétales ». Du point de vue de la communication, le drame de cette petite fille tombait donc à pic.
Quelques médecins et associations favorables à l’avortement ont ainsi, à leur tour, pris en charge la mère de la fillette. L’isolant complètement de son entourage pendant plusieurs jours, interdisant au curé de la voir, ils l’ont convaincue qu’elle assumerait la responsabilité de la mort de sa petite fille si elle n’optait pas pour l’avortement. La malheureuse a finalement signé des papiers demandant l’avortement (plus exactement, a posé ses empreintes digitales sur des documents qu’elle ne pouvait lire, étant analphabète). On notera en passant que les grands défenseurs de la liberté n’exercent pas moins de pressions psychologiques que « l’obscurantisme clérical »…
Une fois ces documents « signés », les pouvoirs publics ont très vite donné l’autorisation d’avorter. C’est alors qu’entre en scène Mgr Sobrinho. Celui-ci réunit quelques experts pour voir s’il n’y a pas lieu de casser la décision du point de vue du droit brésilien, en arguant en particulier des pressions exercées sur la mère. Communiquant sur les conclusions de ces experts, il rappelle également la gravité de l’avortement et déclare aux journalistes, la veille de l’avortement, que les acteurs d’un tel acte sont excommuniés automatiquement. À ce stade, il s’agit d’un rappel du droit pour signaler l’importance que l’Église catholique attache à toute vie humaine ; il ne s’agit pas de « fulminer une excommunication » contre qui que ce soit.
Or, ce stade sera la dernière prise de parole de Mgr Sobrinho sur le sujet. Mais, cela suffisait amplement au lobby « progressiste ». La phrase de l’évêque est devenue dans les médias : « L’évêque excommunie brutalement la mère d’une fillette ». Parfois, on a même lu que la fillette avait été elle aussi excommuniée. Rappelons que la fillette ne pouvait être excommuniée, puisqu’elle n’avait pas l’âge d’être responsable de ses actes. Sa mère ne l’a pas été davantage, puisque le droit canonique ne considère pas qu’une décision prise sous pression soit une décision responsable (et donc éventuellement condamnable). Seuls les médecins le sont selon toute vraisemblance (encore que cela n’ait été spécifié par personne, à ma connaissance). Mais, au moins l’un d’entre eux s’en fiche bien, puisqu’il a déclaré n’en être ni à son premier avortement, ni à sa première excommunication.
Si l’on regarde les textes eux-mêmes, la chronologie des événements, on ne peut qu’être frappé de l’extraordinaire mauvaise foi de la classe politico-médiatique (et pas seulement au Brésil) et de la fascinante capacité de propagande de la « grosse presse ». Un cas d’école !
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