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Face à la dictature de la rue


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Lance Pierre - mercredi 05 avril 2006


[Notre dossier CPE] La France se trouve aujourd’hui confrontée à une situation politique qui étonne le monde entier. Personne ne peut comprendre que dans une nation qui passe pour être l’une des grandes démocraties historiques de la planète, une loi votée par le Parlement régulièrement élu puisse être battue en brèche par une partie de la population occupant la rue pour exiger péremptoirement son retrait. A fortiori si cette part de population est la plus jeune, donc la moins expérimentée politiquement, la moins au fait des problèmes de l’économie, la moins qualifiée pour juger des effets potentiels d’une loi qui, pour imparfaite et discutable qu’elle puisse être, n’en a pas moins été rédigée de bonne foi par des gouvernants soucieux d’apporter une réponse aux inquiétudes de la jeunesse.

Le Contrat Premier Emploi n’est sans doute pas une panacée, mais il vaut la peine d’être essayé. Or, les étudiants de gauche et ceux qu’ils entraînent ne veulent rien essayer. Ils ne rêvent que d’une immédiate sécurité d’emploi qui les dispense à jamais de prouver leurs compétences. Quant aux syndicats et partis qui les soutiennent, ils n’ont d’autre souci que d’imposer au moyen de la rue leur idéologie pernicieuse refusée par les urnes, trop contents de mettre en difficulté la majorité choisie par les électeurs, révélant ainsi leur vrai visage de pseudo-démocrates en quête de revanche tricheuse.

Pour les étudiants révoltés, la démocratie n’est qu’une formule de rhétorique. Son fonctionnement ne les intéresse en aucune façon. Ils veulent à toute force imposer leur point de vue, tant à leurs camarades modérés qu’ils empêchent d’étudier ou de s’exprimer, qu’à un gouvernement légitime qui s’efforce d’avoir des idées pour juguler le chômage des jeunes. Ces étudiants ne sont rien d’autre que des graines de dictateurs. Et les caméras de télévision nous révèlent que les filles sont les pires : de véritables hystériques hurlantes excitées à la seule idée de faire chuter Villepin.

Face à cette populace immature et déchaînée, que devait faire le Président ? Ne rien céder, promulguer la loi et la faire appliquer immédiatement en comptant sur les chefs d’entreprise pour offrir une masse de CPE qui eût démontré la validité de la formule. Au lieu de cela, Jacques Chirac a choisi la pire solution : céder sur le fond en maintenant dans la forme l’apparence de la fermeté, se replier sur le Palais-Bourbon en laissant l’Élysée dégarni, bref, perdre la tête pour sauver la face.

Mais, soyons justes, il n’est pas seul responsable de demi-capitulation. C’est le brinquebalant triumvirat Chirac Villepin Sarkozy qui a concocté cette demi-mesure absurde qui cumule tous les inconvénients : promulguer sans appliquer (ce qui est un non-sens juridique total, comme l’a très bien souligné François Bayrou) et retourner vers l’Assemblée pour bricoler deux aménagements en d’interminables parlottes au cours desquelles la gauche va se complaire en combats retardateurs, tout en abandonnant la rue aux manifs, aux grèves et aux désordres divers, avec le risque de débordements aux conséquences imprévisibles. Mais qu’est-ce que nos trois compères ont bien pu s’imaginer ? Que ce bricolage allait faire rentrer les étudiants dans le rang ? Ils n’ont donc pas compris que ces jeunes surexcités n’ont qu’une idée en tête : prouver qu’on peut mettre un gouvernement à genoux quand on a vingt ans afin de pouvoir s’en glorifier à quarante. Ô vanité des vanités !

Le refus du CPE ne serait-il donc qu’un prétexte ? Pas seulement. Ce rejet obstiné dissimule sous des dehors bravaches le terrible manque de confiance en eux de ces hyperscolarisés qui ne savent rien faire de leurs dix doigts, et qui redoutent le jugement des entreprises lorsqu’ils seront au pied du mur et constateront que l’université ne les a préparés à rien. Ces jeunes ont peur de leur avenir, parce qu’ils ont peur de leur propre incapacité. L’école n’a cultivé que leur infantilisme et ils craignent, à juste titre, que les patrons exigent d’eux beaucoup plus que leurs professeurs. Mais un jeune sûr de lui, sérieux, courageux et créatif n’a rien à craindre d’un contrat précaire. Les bons, on les garde toujours !


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