Artur du Plessis Laurent - mercredi 17 octobre 2007
fadela-amara, gouvernement
L’euphorie qui a imprégné les premiers temps de l’ouverture commence à se dissiper. Fadela Amara, secrétaire d’État à la politique de la Ville, est entrée en rébellion ouverte contre le gouvernement, le 9 octobre, au sujet des tests ADN appliqués au regroupement familial : « Y en a marre qu’on instrumentalise à chaque fois l’immigration, pour des raisons très précises. Je trouve ça dégueulasse ! »
À l’UMP, on l’a mal pris. Son secrétaire général, Patrick Devedjian, a accusé Amara « d’injurier les députés de la majorité ». Mais Nicolas Sarkozy et François Fillon n’ont pas exigé sa démission. Au contraire. Depuis Moscou où il était en visite officielle, le président de la République demanda « à chacun de bien vouloir s’apaiser ». Samedi dernier, dans la ville communiste d’Allonnes, en banlieue du Mans, fief sarthois du Premier ministre, celui-ci mit en scène des rapports idylliques avec sa secrétaire d’État : il posa avec elle, tout sourire, l’appelant « Fadela » à chaque instant, la complimentant, proclamant avoir « l’honneur de pouvoir compter sur son expérience et sa ferveur ». Il la disculpa de la « verdeur » de ses propos : c’est la presse qui « a exagéré » en se livrant à des « raccourcis très excessifs », dit-il, niant l’évidence. Il répéta ne pas vouloir d'« un gouvernement monocolore, gris, au garde-à-vous », qui « ne puisse pas faire remonter les débats qui sont ceux de la France profonde, de la France de tous les jours ».
Il se trouve que la France profonde approuve l’emploi des tests ADN dans le cadre d’un regroupement familial : selon un sondage de l’institut OpinionWay publié vendredi dernier par Le Figaro, 56 % des Français y sont favorables. Le projet de loi Hortefeux est, pour 75 % des Français, « une bonne chose » pour favoriser la lutte contre l’immigration clandestine et, pour 73 %, « une bonne chose » pour favoriser la lutte contre le travail clandestin. 67 % jugent que le projet de loi est à même d’améliorer la situation de l’emploi en France. 67 % sont pour la limitation du regroupement familial aux candidats maîtrisant la langue française, 64 % pour sa limitation aux personnes ayant un revenu équivalent ou supérieur au Smic, 69 % pour la fixation de quotas d’immigrés en fonction de la profession.
« C’est la deuxième ou troisième enquête consécutive qui montre que nos compatriotes approuvent très massivement la loi que j’ai présentée concernant la maîtrise des flux migratoires », remarque le ministre. Il affectionne une formule qui exaspère le microcosme parisien : « J’écoute les élites mais j’entends le peuple ».
À l’élection présidentielle, l’opinion avait exprimé sa volonté de voir prendre à bras-le-corps le problème de l’immigration, dont Sarkozy avait fait l’un de ses thèmes politiques majeurs. Cela lui a valu la victoire, aux dépens d’un Front national ramené de 17 à 10 %. C’est pourquoi la rébellion de Fadela Amara n’est pas acceptable. Elle a voulu dire qu’il ne fallait pas faire de l’immigration un argument politique. C’était prendre le contre-pied de Sarkozy. Elle n’est pas revenue sur ses positions. « J’ai donné mon opinion sur la question. C’est difficile de m’en changer », lança-t-elle avec aplomb samedi dernier. L’Élysée et Matignon le souhaitent-ils ? « Ce n’est pas ce qu’on me demande non plus », précisa-t-elle.
Sarkozy veut sauver sa politique d’ouverture, au prix d’une cacophonie gouvernementale grandissante. Quelle habileté ! dira-t-on, puisque cela n’empêche pas le projet de loi Hortefeux de poursuivre son chemin parlementaire : l’essentiel n’est-il pas préservé ? Non. Pour être à la hauteur de la situation, le projet de loi Hortefeux aurait dû être plus drastique. Mais il aurait torpillé cette politique d’ouverture à laquelle Sarkozy semble tenir par-dessus tout. Le président essaie de résoudre la quadrature du cercle : il s’échine à faire vivre l’ouverture tout en essayant de satisfaire la large frange de l’électorat qui l’a élu pour l’immigration. Cela le contraint à des demi-mesures conduisant à l’impasse. Trop d’habileté tue l’efficacité.
L’ouverture est de plus en plus mal digérée par l’UMP, qui a cependant calmé le jeu sur ordre présidentiel. Même Hortefeux a absous Amara : « Elle s’est exprimée, c’est son droit, et cela devrait être la règle au sein du gouvernement. Sur la question des tests, sans doute n’avait-elle pas lu la version du Sénat ». Mais les élus de la majorité, sous la pression de leurs électeurs, se rebelleront à nouveau. Et les ministres de l’ouverture aussi. « Le jour vraiment où ce sera trop insupportable, le jour où ce sera trop dur, eh bien je partirai ! » a lâché Amara. La politique d’ouverture est condamnée, parce que chimérique.
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