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Faillite et pouvoir d’achat


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Lambert Christian - mercredi 02 avril 2008

impots, croissance, chomage
Malgré d’innombrables discours, commentaires et statistiques, il est très difficile de connaître avec précision les revenus des Français. C’est qu’en France le tabou des tabous, c’est l’argent. Demandez à un citoyen de ce pays quel est son revenu est une incorrection grave, comme demander son âge à une vieille dame. ça ne se fait pas. Il est plus facile de connaître le niveau de vie des Chinois. Je vais cependant m’efforcer d’exprimer la vérité sur ce sujet vital pour les Français.

D’entrée de jeu, je dirai que la France est désormais un pays pauvre et qui le deviendra de plus en plus. D’ores et déjà, sur les 26 pays les plus riches de la planète, la France se trouve en 24e position devant le Portugal et la Turquie. Sept millions de personnes vivant en France se trouvent sous le seuil de pauvreté (681 euros mensuels pour une personne seule, 1 703 euros pour un couple avec deux enfants de plus de 14 ans). La France est avec la Bulgarie, le seul pays de l’Union Européenne où 17 % des salariés sont au Smic (915 euros net pas mois) contre 8,6 % en 1991.

Le chômage a un peu diminué comme dans tous les pays occidentaux, mais il reste en France l’un des plus élevé des pays industrialisés, avec près de 8 % de la population active en tenant compte des Dom-Tom et il s’accompagne d’une forte augmentation du travail précaire : 1,4 million de salariés, soit 5,6 % des actifs sont à temps partiel. Quant au nombre des RMistes (447 euros par mois), dont les trompettes officielles annoncent qu’il a fortement diminué, il reste, en fait, considérable : 1 160 000 pour l’ensemble du territoire avec 160 000 jeunes qui sortent chaque année de l’enseignement presque illettrés, futurs RMistes et vendeurs de cocaïne.

La France compte, en outre, 3,5 millions de mal logés et 900 000 personnes sans domicile personnel. Le flux permanent des immigrés sans ressource ni compétences, en grande partie venant d’Afrique, contribue pour beaucoup à un état de choses aussi lamentable que scandaleux qui ne fait que s’aggraver avec 350 000 nouveaux arrivants chaque année !

Que l’on ne nous raconte pas que le pouvoir d’achat va augmenter alors que sciemment le gouvernement le fait baisser. Ainsi, alors que l’inflation est de 2,6 % (Insee), en réalité de 3,6 %, l’augmentation des retraites de la fonction publique pour 2008 est de 1,1 %, autrement dit pour les retraités, la baisse du pouvoir d’achat est de 2 % et ils sont des millions.

C’est que, pour tout améliorer, et la pression fiscale, et les salaires, et l’emploi…, il faudrait baisser les dépenses publiques qui, en France, sont supérieures à 53 % du PIB, un record en Europe, à tel point que le Commissaire de l’UE, chargé des affaires économiques et monétaires, considère publiquement la situation financière de la France comme étant très inquiétante avec, de surcroît, un budget prévisionnel pour 2009 fondé sur des prévisions beaucoup trop optimistes, par exemple le baril de pétrole à 72 dollars contre 110 actuellement… Pour être complet, je rappellerai en passant que la fraude à la sécurité sociale et aux assurances chômage se chiffre à quelque 40 milliards d’euros par an. Encore un record mondial !

Bref, avec une population active de 25 millions d’habitants sur 63,3, la France gérée sous le signe de la démagogie depuis trente ans, ne produit plus assez de richesses pour maintenir le niveau de vie de ses habitants, si bien que certains d’entre eux et pas seulement des immigrés, ont faim qui vont fouiller les détritus des marchés pour se nourrir.

Voilà donc un pays qui a réussi dans l’échec la double prouesse d’être surendetté, disons plus simplement comme le Premier Ministre, d’être en faillite avec une dette astronomique de deux mille milliards d’euros qui s’aggrave chaque année du montant du déficit, environ 40 milliards d’euros, tout en imposant les prélèvements fiscaux les plus lourds de tous les pays occidentaux. La promesse de Sarkozy de diminuer les prélèvements obligatoires de 68 milliards d’euros pendant son quinquennat est, bien sûr, abandonnée.

De plus, cette situation financière s’accompagne d’une économie faible qui fait que la balance commerciale est lourdement déficitaire : 37,967 milliards d’euros, un record, contre 20 milliards d’euros d’excédents pour 2007 en Allemagne, qui a vu ses exportations augmenter de 40 % de plus que la France en dix ans. Et l’on nous raconte que les deux mille milliards d’euros de la dette nationale seront remboursés avant 2012, une audace mensongère matinée d’incurie. Peut-on faire plus mal ?

L’objectivité commande, hélas, de dire que la situation en France est telle qu’il n’apparaît aucune possibilité de redressement. La même mentalité – l’entrepreneur qui a réussi ne peut être que suspect, l’aversion pour le travail – et les mêmes personnels produiront les mêmes effets. L’ISF a fait fuir quelque 100 milliards d’euros, à l’étranger. Chaque jour, encore maintenant, un patrimoine se réfugie dans un pays voisin. 80 % des bénéfices réalisés par les grandes entreprises du CAC 40 se font à l’étranger pour des raisons fiscales. Et les jeunes Français eux aussi – l’élite – pensent à se fixer hors de France pour des raisons de carrière et de sécurité de l’emploi. En échange, nous continuons à importer toute la misère du monde avec les conséquences financières et sécuritaires que l’on connaît, ceci avec la complicité de fait d’un pouvoir aussi démagogique qu’impuissant.

En un mot, au plan économique et fiscal, la société française se présente désormais de la façon suivante : 52 % de la population échappe à l’impôt sur le revenu et est plus ou moins assistée, une population en constante augmentation. Une petite fraction de riches est, elle, en constante diminution car une fiscalité confiscatoire de nature politique les condamne à se sauver à l’étranger. La classe intermédiaire aux revenus que le fisc peut facilement connaître, forme le troupeau des derniers moutons à tondre. Une fois tondu, le mouton passe dans la première catégorie. Ainsi, la gouvernance de ces dernières décennies a mis en route le nivellement par le bas et une paupérisation irréversible de la France.

Et que l’on sache bien que ce n’est pas Cassandre qui a dicté ces lignes, mais tout simplement une honnête objectivité.

Christian Lambert
Ancien Ambassadeur

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