Baron Laurent - dimanche 15 mai 2005
En prévision du 29 mai prochain - comme tous les citoyens régulièrement inscrits sur les listes électorales -, j’ai bien reçu un Traité établissant une Constitution pour l’Europe, ainsi qu’un document annexe relatif au référendum, que le Président de la République a choisi de soumettre au Français. Bien que ne faisant pourtant pas partie des illettrés, j’ai finalement lâché prise assez vite dans cette lecture particulièrement insipide et soporifique. Il y a donc fort à parier que cette édition spéciale de l’Imprimerie Nationale représentant une dépense colossale pour tous les contribuables (191 pages tout de même – combien d’entre eux les liront ?) ne sera qu’un gâchis parmi de nombreux autres, dont nous faisons les frais malencontreux. J’ai lu néanmoins avec la plus grande attention le début du document annexe, particulièrement éloquent, en ce qui concerne l’Exposé des motifs du Projet de loi autorisant la ratification du traité établissant une Constitution pour l’Europe. On nous raconte sans rire qu’« au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, six nations marquées par l’horreur du conflit et l’expérience de la barbarie, ont décidé d’établir entre elles une union toujours plus étroite, pour rendre la guerre à jamais impossible sur notre continent qu’elle avait si souvent déchiré ». On ajoute très sérieusement que « l’Europe s’est inscrite dans la ligne de son ambition initiale : créer un espace de paix, de démocratie et de prospérité… ». Ces quelques phrases m’apparaissent comme cyniquement trompeuses. Le 24 mars 1999, au mépris de toute légitimité, notre pays (à la suite de la « communauté internationale », constituée par les États-Unis et l’Europe) s’est engagé – effectivement pour la première fois depuis 1945 – dans un conflit massif visant la République fédérale de Yougoslavie, qui n’avait commis aucune agression à l’extérieur de ses frontières, et qui s’était montrée – cela ne remonte pourtant pas si loin – solidaire de la France à une période particulièrement critique. Pour ce faire, de bien nobles et pompeuses institutions (pour n’en citer que quelques-unes auxquelles fait référence Slobodan Milosevic dans « Ma vérité ») qui portent des noms à forte résonance morale, éthique et autoritaire, comme : la Coalition pour la Justice Internationale ; la Conférence d’abord, puis l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (censée respecter l’inviolabilité des frontières et le respect des droits de l’homme) ; le Conseil de Sécurité (responsable du maintien de la paix) de l’Organisation des Nations Unies (dont les membres signataires ont justement pour mission de sauvegarder la paix et la sécurité internationales, et d’instituer entre les nations une coopération économique, sociale et culturelle) ; l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (notamment avec la signature en 1994 des accords de partenariat pour la paix avec les Etats d’Europe de l’Est et ceux issus de l’ex-URSS)… Toutes ces bonnes institutions sont finalement revenues sur leurs fermes engagements et autres résolutions, pour agir de manière rigoureusement inverse: s’engager sans vergogne et avec mûre préméditation dans une guerre fratricide, aveugle, ignoble et barbare parce qu’injustifiée, en procurant leur soutien à/et en s’appuyant sur de basses et viles organisations… qui, finalement - pardonnez-moi - leur ressemblent étrangement. Comme c’était à prévoir, ces durables et abondants bombardements ont été et restent aujourd’hui catastrophiques dans cette région, bien que l’on cherche à en minimiser les conséquences, à les relativiser, à les déformer, bref à les dissimuler avec la complaisance des responsables de ces désastres, qui ne sont nullement inquiétés pour leurs méfaits. Depuis, notre coûteuse présence sur place ne s’apparente qu’à une bien piètre figuration. Je ne puis donc accorder qu’une confiance bien relative à tous ces engagements, signatures et autres traités, sur lesquels il est – semble-t-il – si aisé de revenir, lorsque l’intérêt (justifié ou non) des gouvernants prévaut. Quant à la France, la prospérité y régresse et semble nous échapper à grands pas… Aussi, « pour continuer à progresser », au lieu de «renouveler nécessairement nos méthodes et d’adapter nos institutions » (n’avons-nous pas déjà vu où cela nous menait?), ne faudrait-il pas que notre pays change radicalement de cap, plutôt que de s’enfoncer chaque jour un peu plus dans le marasme?
[Notre page Référendum sur la Constitution Européenne et intégration de la Turquie]
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Liberté
“Marc Tessier, président de France Télévisions, a estimé qu’il n’était pas judicieux de faire une émission avec un homme qui tient un rôle d’épouvantail: Barroso. Curieux pays où l’on ne peut plus s’exprimer si on tient des propos qui ne plaisent pas aux Français !” Olivier Mazerolle, présentateur de “100 minutes pour convaincre”
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