Courrier - mardi 25 mai 2010
Plusieurs chroniqueurs réguliers ou occasionnels des « 4 Vérités » daubent facilement sur la fameuse politique arabe de la France.
À certains égards, ils n’ont pas tort. Cette politique arabe n’est pas toujours très cohérente. Elle n’est pas toujours conforme aux « grands principes » que nous prétendons incarner (les droits de l’homme à géométrie variable).
Du point de vue de la « realpolitik », il faut noter également que cette politique arabe peut, en outre, nuire à nos intérêts ou à ceux de certains de nos alliés. Pour les intérêts de certains de nos alliés, cela saute aux yeux dans le cas d’Israël.
Mais cela peut également toucher nos propres intérêts, quand le soutien à tel pays arabe nous amène à nous brouiller avec tel autre. Ainsi l’engagement chiraquien aux côtés de l’Irak de Saddam Hussein n’a pas été bien reçu par les monarchies pétrolières du Golfe… sans nous donner le moindre atout dans l’Irak de l’après-Saddam.
Bref, il y a effectivement bien des choses à reprendre dans ce qu’on appelle trop vaguement la politique arabe de la France.
Cependant, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.
Au plan de la cohérence, la politique anti-arabe, si j’ose dire, de pays comme les États-Unis n’a rien à envier à notre propre incohérence. Qu’il suffise de noter que cette politique a conduit tour à tour à des attitudes inverses à l’égard de l’Iran.
Au plan de la morale, je note aussi que la défense des droits de l’homme est tout autant à géométrie variable chez les adversaires de la politique arabe. Je ne vois pas pourquoi il faudrait mentionner uniquement les crimes d’État de l’Irak baasiste ou ceux du Hamas et jamais ceux d’Israël ou de la nouvelle « démocratie irakienne »…
Mais, surtout, au plan de nos intérêts, je ne comprends pas pourquoi il faudrait, toutes affaires cessantes, importer le conflit israélo-palestinien dans nos banlieues. Qui ont largement de quoi s’embraser sans cette aide extérieure !
N’est-il pas possible d’avoir des alliés arabes et des alliés anti-arabes ? Sommes-nous obligés d’assumer toutes les haines de nos alliés ? Personnellement, je répondrais oui à la première question et non à la deuxième, mais j’ai l’impression qu’avec la montée du manichéisme dans l’opinion publique, cette distance devient de plus en plus difficile à défendre.
Pourtant, le monde, et tout spécialement cette région du monde particulièrement éprouvée, manque cruellement d’alliés capables d’exprimer leur désaccord. La politique arabe de la France ne pourrait-elle au moins servir à cela ?
Jacques Destour
4 commentaires - Ecrire un commentaire
|