Menou Pierre - dimanche 10 octobre 2010
Le Parisien du 8 octobre pose une grave et douloureuse question : « Faut-il interdire cette expo aux mineurs ? »
Quelle expo ? Celle qu’expose le musée d’Art moderne de la Ville de Paris : « des photos d’adolescents américains très crues signées Larry Clark. L’interdiction aux moins de 18 ans fait débat. »
Les clichés dudit Larry Clark, « estampillé grand photographe sulfureux, fasciné par les adolescents, leurs désirs et leurs dérives », montrent « des ados qui font l’amour pour de vrai, saisis parfois en pleine action. D’autres se droguent, se piquent devant l’objectif. » Pas seulement : certaines photographies publiées par le journal montrent un jeune garçon en sous-vêtements, effondré dans une position lascive, une hart – corde de pendu – lui enserrant le cou.
La mairie de Paris a, sagement, décidé d’interdire l’accès de l’exposition aux moins de 18 ans, en vertu de l’article 227-24 du code pénal, qui fait de la diffusion d’un message « à caractère violent et pornographique » un délit, quand il est « susceptible d’être vu ou perçu par un mineur ». Mais la décision de Bertrand Delanoë est contestée : les élus verts lui demandent de lever l’interdiction. Et Marie-Ségolène Royal, peut-être pour tenter de se dépouiller une fois pour toutes de l’image de jeune fille de bonne famille qui lui colle à la peau comme une tunique de Nessus réactionnaire, déclare : « Quand on voit le déferlement, hélas, de pornographie à la télévision et sur internet, je pense qu’un avertissement aux parents aurait suffi. » Un vrai raisonnement à la Ségo : puisqu’il y a trop de porno à la télé, rajoutons-en une couche au musée… C’est signé ! Coucourde Ière, reine de Poitou-Charentes.
Pinte, député UMP de Versailles, soutient l’expo !
Côté UMP, on ne laisse évidemment pas passer l’occasion d’avoir l’air d’être dans le vent à peu de frais : Etienne Pinte, député UMP de Versailles, « trouve " ridicule" que les adolescents "ne puissent pas aller voir cette exposition", fustigeant ces pères la pudeur de la gauche ! », rapporte Le Parisien.
A force d’être dans le vent, il arrive que les moulins tournent à contre-sens. Si je me comptais au nombre des électeurs d’Etienne Pinte, je saurais me souvenir de l’idée qu’il se fait du « ridicule » aux prochaines législatives…
« Je ne suis pas une grenouille de bénitier, répond Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la culture, mais beaucoup de ceux qui sont à l’origine de la polémique n’ont pas vu l’exposition. J’ai envoyé aux journaux les six photos qui posent problème. Aucune n’ose les publier, de même que nous ne pouvons pas les montrer aux mineurs… »
« Larry Clark est un pervers, pas au sens moral et médical, mais il a plaisir à travailler avec les limites, il joue avec la transgression », décrypte Serge Tisseron, psychanalyste spécialiste des images, toujours dans Le Parisien.
La « transgression » est-elle de l’art ? C’est ce que l’on cherche à nous faire croire depuis des décennies, en en repoussant toujours plus loin les limites : Larry Clark reste d’ailleurs un petit joueur auprès d’un Zhu Yu, par exemple, « artiste » chinois qui mange en public des fœtus d’enfants. Le renseignement devrait intéresser Ségolène Royal et Etienne Pinte, pour une prochaine expo en Poitou-Charentes ou à Versailles…
J’aimerais, pour finir, poser une question à ces deux élus et aux Verts de la municipalité parisienne : en avril dernier, le général d’armée Raymond Germanos a été condamné pour avoir détenu des image à caractère pédophile sur son ordinateur. S’il les avait exposé au musée d’Art moderne, en y ajoutant de surcroît une note sado-masochiste, aurait-ce été de l’art et l’aurait-on subventionné ?
Pierre Menou
7 commentaires - Ecrire un commentaire
|