Chataigner Frédéric - samedi 06 décembre 2003
Depuis huit ans, l’extrême gauche française soutient que Mumia Abu-Jamal, journaliste afro-américain reconnu coupable le 9 décembre 1981 du meurtre d’un policier de Philadelphie, Daniel
Faulkner, et condamné à mort le 3 juillet 1982, a été la victime d’une odieuse machination. Voire…
On nous assure que le journaliste a été victime d’un procès raciste. La preuve : le juge Albert Sabo, ancien shérif adjoint de Philadelphie était, comme le policier décédé, membre du syndicat Fraternal Order of Police (FOP) et le jury ne comprenait que deux noirs. Ce qui est passé sous silence, c’est que le juge n’était plus membre du FOP depuis 1974, soit huit ans avant le procès. On oublie aussi qu’aux États-Unis une condamnation à mort suppose l’unanimité du jury, donc les deux jurés afro-américains ont voté en faveur de la peine capitale.
Il nous est soutenu également que M. Abu-Jamal a été condamné en tant qu’ex-Panthère noire - il le fut de 1968 à 1972 - tout en demeurant discret sur l’idéologie de ce mouvement qui prônait la violence contre la police et empruntait sa devise à Mao :
- « Nous sommes pour l’abolition des guerres ; la guerre, nous ne la voulons pas. Mais on ne peut abolir la guerre que par la guerre. Pour qu’il n’y ait plus de fusils, il faut prendre le fusil ».
S’ajoute à cela que l’intéressé a proclamé bien haut ses opinions tant à son procès que dans ses écrits, parus en France sous les titres « En direct du couloir de la mort » et « Condamné au silence », qui relèvent plus de la profession de foi marxiste et du réquisitoire anti-Américain que du plaidoyer portant sur les faits qu’on lui reproche.
C’est là qu’intervient l’argument décisif : le 8 juin 1999, un blanc, Arnold Beverly, a confessé avoir tué Faulkner pour le compte de la pègre locale - mafieux et « ripoux » de Philadelphie.
Sans doute n’a t-on pas bien lu cette confession : Beverly nous dit que « Faulkner a reçu des blessures par balles dans le dos et dans le visage avant l’arrivée de Jamal sur les lieux » ; or, il a toujours été déclaré que Mumia était présent avant que Faulkner ne se fasse tirer dessus, pour secourir son frère parait-il brutalisé par le policier ; William, le frère, n’est évoqué nulle part dans la confession, Beverly soutenant que « Faulkner était seul ».
Alors ? Alors non, rien ne prouve que la justice américaine se soit trompée le 3 juillet 1982, quoi qu’en disent les bonnes âmes qui, le 13 décembre, manifesteront dans Paris en criant « Libérez Mumia » et qui, naguère, nous dépeignaient les Rosenberg comme d’innocentes victimes du maccarthysme - alors que leur culpabilité est aujourd’hui démontrée. Et on ne peut qu’éprouver un sentiment de malaise lorsque l’on sait que Mumia Abu-Jamal a été fait Citoyen d’honneur de la ville de Paris, le 4 octobre dernier, par Bertrand Delanoë, qui n’en est plus à une infamie près…
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