Dumait Alain - samedi 24 janvier 2004
Notre ligne éditoriale (pas d’ennemi à droite ; libéralisme économique ; diversité des points de vue) est assez bien comprise, si j’en juge par les termes du courrier de nos lecteurs, toujours aussi abondant, et dont je vous remercie.
Je rappelle au passage les règles qui président à l’élaboration de cette rubrique, à laquelle nous consacrons l’essentiel de notre double page, et parfois plus : nous nous engageons à prendre connaissance de la totalité du courrier que nous recevons, que celui-ci nous soit adressé par la Poste, par télécopie ou par courriel ; nous en tenons compte ; mais nous ne pouvons prendre aucun autre engagement. Nous ne pouvons pas publier la totalité du courrier que nous recevons ; nous ne pouvons pas nous engager à publier tel ou tel message ; nous ne pouvons pas répondre individuellement à chacun.
Or, un certain nombre de nos correspondants exigent littéralement soit que nous leur répondions personnellement, soit que nous publiions leur courrier. Qu’ils sachent que leur chantage au réabonnement n’a aucune chance d’aboutir…
Nous sommes sensibles à certains thèmes récurrents dans vos courriers qui, sans doute, ne sont pas suffisamment traités dans les colonnes du journal. Nous recevons, en particulier, régulièrement, des lettres d’abonnés qui sont fonctionnaires, en activité ou à la retraite, ou bien agents des services publics ou encore salariés d’entreprises publiques et qui nous reprochent un parti pris qu’ils ressentent comme hostile. Par exemple, M. Guy Chalochet (Chevigny Saint Sauveur - 21), dans un courrier du 10 janvier, faisant suite à un courrier précédant, nous indique « il serait temps de comprendre que les entreprises publiques ne sont pas qu’un repère de nantis et de fainéants… ».
Disons-le franchement : vous êtes un certain nombre à considérer que nous serions injustes avec les personnes appartenant à la sphère publique, tandis que nous prêterions aux salariés des entreprises privées des qualités individuelles qu’ils n’ont pas toujours.
Si nous sommes tombés dans ce travers, qu’on veuille bien nous pardonner, d’autant qu’il a toujours été clair dans notre esprit qu’il ne fallait surtout pas confondre les structures avec les individus qui y concourent. Et, dans l’appréciation des performances des premières, nous pensons que ce ne sont pas les qualités des seconds qui sont déterminantes, mais la qualité et la pertinence des règles qui président à l’organisation des structures concernées.
Excellence et concurrence
Les libéraux croient à la supériorité de certaines règles, sur d’autres. Ils croient même que c’est le principal enseignement de l’histoire. Le capitalisme est supérieur au socialisme parce que le premier a réussi et fait chaque jour la preuve de son succès tandis que le second a échoué et fait chaque jour la preuve de sa faillite. Dans un tel constat, les individus sont pour ainsi dire hors de cause. De même que, lorsque les armées s’affrontaient dans de terrifiants corps à corps, ce n’était pas les individus, même face à face, qui faisaient la différence, mais la technologie des armements et la stratégie des chefs ; de même aujourd’hui, ce n’est pas la qualité des hommes, voire l’intelligence des dirigeants qui font qu’une entreprise est supérieure à une autre, mais, davantage les principes qui fondent leur organisation respective. L’Oréal n’est pas une entreprise supérieurement performante parce que son président serait supérieurement doué mais, plus prosaïquement, parce que les règles qui président à son organisation et à ses choix sont supérieures à celles de ses concurrents. Et de même, quand nous dénonçons, à longueur de colonnes, l’impéritie des entreprises publiques, des services publics et de l’administration, ce n’est bien sûr pas ses salariés qui sont en cause mais les principes de fonctionnement de ces organisations qui toutes, basées sur le postulat bureaucratique, ne peuvent déboucher que sur le gâchis et les gaspillages, lesquels ne sont pas seulement économiques et financiers mais aussi, et avant tout humains.
Le fait que la population active française soit composée à hauteur de 25 % de fonctionnaires ou assimilés entraîne ipso facto une mauvaise gestion de ses ressources humaines et cela sans que la qualité des personnes ne soit en aucune façon en cause. Les mêmes personnes, placées dans des structures aux principes de fonctionnement différents, se révéleraient d’ailleurs autrement productives.
N’y aurait-il aucun fainéant à la SNCF, à la Sécurité sociale ou à l’Éducation nationale, que ces structures publiques seraient toujours aussi peu performantes. Car l’excellence exige l’aiguillon de la concurrence, laquelle ne fonctionne qu’avec le moteur du profit.
Évidemment, ce ne sont pas les fonctionnaires et assimilés qui sont responsables du mauvais fonctionnement du secteur public, mais les politiciens qui prétendent lui commander et qui, en fait, lui obéissent !
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