Rouxel Jean - samedi 11 septembre 2004
Tout gaulliste et fils spirituel de Georges Pompidou qu’il dit être, force est de constater que Jacques Chirac aura présidé, depuis qu’il est à l’Élysée, un chamboulement de la pratique constitutionnelle beaucoup plus important que celui initié par son prédécesseur, François Mitterrand. C’est lui, en effet, qui, tour à tour, est à l’origine de l’introduction dans cette pratique de la cohabitation, puis du quinquennat au lieu du septennat, puis d’une modification du calendrier électoral, proposé par Lionel Jospin mais accepté par le chef de l’État, tendant à faire systématiquement précéder les élections législatives par l’élection présidentielle. Au cours des dernières semaines, nous avons assisté, en direct, à un nouveau chapitre de ce chamboulement constitutionnel. Car si Nicolas Sarkozy a préféré devenir, fin novembre, président de l’UMP plutôt que de demeurer à la tête du ministère des Finances, autrefois si prestigieux, c’est, bien sûr, en considération de l’intérêt concret du candidat « virtuel » qu’il avoue être d’ores et déjà à l’élection présidentielle de 2007. Sous la ve république, version Chirac-2004, il est plus important pour un politicien se voulant présidentiable, plutôt que ministre, d’être chef de parti, même quand celui-ci est celui du président de la République. C’est un tournant majeur de nos institutions. Certes, il a été préparé par l’ensemble des lois réglementant le financement des partis, qui peuvent seuls financer légalement les campagnes électorales. Il résulte de l’accident judiciaire d’Alain Juppé ou, comme on veut, de l’aveuglement de Jacques Chirac, concernant les conséquences de l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Il est aussi la conséquence de la non-limitation du renouvellement du mandat présidentiel. Si Jacques Chirac ne laissait pas planer l’incertitude sur une éventuelle nouvelle candidature en 2007, son influence sur l’UMP ainsi que sur ses militants serait fort différente… Dans ces conditions, le Premier ministre, de fait, avec un président de l’UMP « indépendant », disposant à l’Assemblée d’un groupe parlementaire majoritaire, n’est plus le chef de la majorité. C’est d’ailleurs avec Chirac directement que Sarkosy a mis au point le scénario de sa prise de pouvoir à l’UMP. Le Premier ministre n’est plus, d’autre part, l’animateur de l’action du gouvernement. Celle-ci est pilotée quotidiennement par les collaborateurs directs du chef de l’État. Il n’est plus que son paratonnerre parlementaire. Une fonction « résiduelle ». Dans ces conditions, on comprend sa « tentation du Sénat »…
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