Sadot Philippe - mercredi 31 mai 2006
La République Fédérale de Yougoslavie vient de s’éteindre le 21 mai dernier avec la séparation du Monténégro d’avec son ex-consœur, la Serbie.
Avec 55,5 % de vote favorable pour la sécession contre 44,5 % pour le maintien dans l’union, les Monténégrins ont donc opté pour l’indépendance. Cependant, l’indépendance officielle sera proclamée le 13 juillet 2006, déclaré fête nationale. La désintégration de la Yougoslavie débutée dès 1990 vient donc de s’achever en ce mois de mai 2006 ! L’Union européenne (UE), présente cette fois-ci, avait fixé la barre des 55 % comme majorité qualifiée pour toute réponse au référendum. Cet événement peu développé dans les médias généralistes conduit à plusieurs remarques.
Contrairement aux autres sécessions des anciennes républiques de la Fédération yougoslave, celle-ci s’est faite pacifiquement. Certes la situation exsangue dans laquelle se trouve Belgrade ne pouvait conduire à une aventure militaire, comme précédemment, pour entraver l’émancipation monténégrine, déjà bien entamée avec la circulation de l’Euro. Les rapports du Monténégro avec les autorités serbes peuvent s’avérer tendus. En effet, la Serbie risque de perdre son seul accès maritime en Adriatique : source de pouvoirs économique et stratégique. Sauf ultimatum international, Belgrade n’acceptera pas un « droit de péage » pour accéder à ses ports militaires ou commerciaux. Un redécoupage territorial est donc prévisible pour éviter toutes tensions ultérieures…
Concernant notre continent et plus précisément l’Union européenne, cette division montre l’incapacité de Bruxelles à gérer des crises qui touchent ses frontières. Qu’aurait fait l’UE si les 55 % fatidiques n’avaient pas été franchis ? Refuser l’indépendance au risque peut-être de rallumer les mèches de cette « Poudrière des Balkans », et intervenir militairement ? Il est remarquable que le « Oui » à l’indépendance ne dépasse que de 0,5 point la référence ! À chacun d’émettre ses propres hypothèses ou conclusions…
Ce 21 mai 2006 risque d’ouvrir la Boîte de Pandore. Au niveau yougoslave, le Kosovo peuplé désormais très majoritairement d’Albanais, sous tutelle internationale, mais partie intégrante de la Serbie, pourra désormais se targuer de son écrasante majorité ethnique (contrairement au Monténégro) pour réclamer son indépendance complète et, pourquoi pas ? son rattachement à Tirana !
Au niveau de l’UE, que répondre à la Catalogne dont les pouvoirs régionaux se sont accru cette année au risque de transformer le royaume d’Espagne en fédération ? Que dire aux Flamands belges dont une forte minorité réclame, elle aussi, le droit à se gérer seule ? Bruxelles saura-t-elle gérer ces dilemmes sans céder aux plus virulents qui sont souvent, pour ces dossiers, les revendicateurs, donc les indépendantistes ?
De plus, quelles sont les ambitions de l’Union envers ces désormais États qui se détachent de leur entité ancienne ? Dès l’annonce des résultats, le responsable monténégrin Filip Vujanovic a émis le souhait d’intégrer l’OTAN et l’Union européenne : les sécurités extérieure et économique. Bruxelles a écouté attentivement ses déclarations, mais a émis de fortes réserves pour le moment, au vu de la situation économique du Monténégro, non conforme aux normes européennes – au risque de mécontenter Cetinje (potentielle capitale future du Monténégro).
« Nous devons éviter d’ouvrir la boîte de Pandore. Dans cette logique, on pourrait tout aussi bien affirmer que le Tatarstan, la Tchétchénie, l’Ingouchie, la Kabardino-Balkarie et pourquoi pas le Pays basque, la Corse et beaucoup d’autres régions du monde ont le droit à l’autodétermination » affirmait, dans une interview exclusive accordée à RIA Novosti, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili…
Ainsi, depuis la désintégration de l’URSS et du Bloc de l’Est, l’Union européenne assiste passivement au démembrement de son continent et tente de gérer le problème une fois celui-ci survenu ! Comme disaient respectivement Émile de Girardin et le Duc Gaston de Lévis ; « Gouverner, c’est prévoir » et « Gouverner, c’est choisir ». Or, Bruxelles dénuée de toute diplomatie commune, de visibilité claire internationale, ne semble apte qu’à gérer les affaires courantes, au risque de laisser passer le vent de l’Histoire qui souffle à ses portes, et transformer notre continent en un vague magma étatique ouvert à toutes les convoitises…
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