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Firminy, Le Corbusier et l’immigration


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Persat Michel - lundi 03 août 2009

immigration
Je ne suis pas admirateur de Le Corbusier, ni de ses œuvres. Pourtant, je ne partage pas tout à fait l’analyse d’Alain Dumait (n° 700 : Aujourd’hui, Le Corbusier nous coûte cher). Issu d’une famille de mineurs, je suis né à Firminy quelques années avant la guerre de 1939-45. J’ai vu évoluer ma ville jusqu’à ces dernières années.

Aux limites de l’Auvergne et du Forez, Firminy, dans le département de la Loire, est une ville de 20 000 habitants environ, située à une dizaine de kilomètres au sud de Saint-Étienne. Lorsqu’en 1953, Eugène Claudius-Petit est élu maire de Firminy, fort de son expérience de ministre de la Reconstruction, il va projeter ses ambitions sur cette ville ouvrière. Il rêve d’y construire « une ville du XXe siècle ».

Le député-maire va mettre en place une équipe composée pour une bonne part de ses anciens collaborateurs architectes/urbanistes et de quelques nouveaux éléments, dont Charles Delfante, directeur de l’atelier d’urbanisme de Lyon. Cette équipe travaille principalement à la création d’un nouveau quartier d’habitations.

Ce quartier s’appellera Firminy-Vert, en réaction avec le « Firminy-noir », marqué par la mine et la métallurgie. Avec ses 1 070 logements (HLM) pour 4 150 habitants, il sera équipé d’habitations aux derniers standards d’hygiène et de confort, ainsi que d’équipements à usages collectifs, conçus par Le Corbusier, ami du maire.

Méprisant pour les habitants de Firminy, dont il dit partout que ce sont des ivrognes, Claudius-Petit entend « bâtir la ville de l’hygiène, la ville de la lumière par rapport à la ville de l’ombre ». Firminy-Vert sera implanté sur les collines qui forment un amphithéâtre à la sortie sud de la ville. L’ensemble obtiendra un prix d’urbanisme mérité. Un des bâtiments s’appelle le « grand H » à cause de sa forme et de sa hauteur (une douzaine d’étages). Il est très convoité et même des commerçants aisés viennent y habiter, assurant ainsi une réelle mixité sociale.

Mais nous sommes encore dans les années 60 et le plein emploi existe toujours. Les immigrés sont à la fois travailleurs et discrets, qu’ils viennent de Pologne ou du Maghreb. Bon nombre de ces derniers ne savent ni lire ni écrire. Aussi mon père les aidait à faire leur courrier et tous le saluaient dans la rue. C’était l’époque de la convivialité et l’on ne parlait pas encore de communautarisme.

Cependant, l’ambitieux projet du maire a valu à une population modeste une fiscalité locale digne d’une grande ville bourgeoise.
Et, surtout, les brillants concepteurs n’avaient pas prévu la série d’avatars qui allait suivre : crise économique des années 70 ; accélération de l’immigration à contre-courant des besoins en main-d’œuvre, grâce au droit du sol et au regroupement familial de populations, principalement africaines, donc musulmanes, et très prolifiques (vivent Giscard et Chirac !).

Beaucoup de jeunes natifs ont quitté la ville sinistrée pour aller chercher du travail ailleurs (c’est mon cas), mais la population de la ville s’est maintenue au même niveau. Les candidats au travail ont fait place aux candidats aux allocations.

Les commerçants aisés ont quitté le Grand H et ont été remplacés par des familles comme celle de Mohamed Benmouna (même pas française, puisque réconfortée par le consul d’Algérie). Ce quartier n’était pas un ghetto. Si ghetto il y a, c’est parce qu’une population immigrée et grégaire s’est regroupée et a fait fuir les natifs.

On nous martèle sans arrêt l’obligation d’accepter la mixité sociale, comme si cette notion était nouvelle. Mais c’est le silence à propos de la mixité culturelle, qui est une utopie. Le voisinage n’est supportable que dans la mesure où l’on partage avec lui un minimum de valeurs et de savoir-vivre. D’ailleurs les Africains eux-mêmes souhaitent-ils cette mixité qui les conduiraient nécessairement à s’intégrer tôt ou tard ?

Aujourd’hui, Firminy-Vert est en feu. Et les immigrés africains sont persuadés d’être persécutés par la police, famille Benmouna y compris. Ne pourrait-on pas les convaincre que, pour qu’on les aime, il faudrait d’abord qu’ils fassent des efforts pour cela ?
On pourrait leur redire les mots de Kennedy : « Ne vous demandez pas ce que votre (nouveau) pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour lui. » Mais il faudrait pour cela un peu de courage et de lucidité…

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