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Forces et faiblesses de Marine Le Pen


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Baudouin Pierre - mardi 18 janvier 2011

le-pen, fn
L‘actualité politique de ces derniers jours a été dominée par le congrès de Tours du Front national et l’élection de Marine Le Pen à la suite de son père. La benjamine des filles Le Pen a recueilli 67,65 % des voix, quand son rival, Bruno Gollnisch, en recueillait 32,35 % (sur 17 068 suffrages exprimés).

Une victoire anticipée, mais aussi une victoire sans bavure. Âgée de 42 ans, Marine Le Pen est désormais en situation pour écrire une nouvelle page de l’histoire de la droite nationale, et sans doute aussi de la droite tout court.

Pour cela, elle dispose d’indéniables atouts, mais aussi de quelques faiblesses, dont il faut parler, puisqu’elles sont trop souvent ignorées.

La principale faiblesse tient évidemment à la fragile situation financière du Front national. Ayant subi un important revers électoral en 2007, et n’ayant toujours pas réussi à vendre le siège historique de Saint-Cloud, le FN va avoir du mal à investir pour les prochaines échéances.
On peut sans doute penser que l’arrivée de Marine Le Pen à sa tête permettra d’augmenter les adhésions, et de trouver de nouveaux donateurs, mais il est clair que ce ne sera pas facile.

Deuxième faiblesse : la campagne interne a été beaucoup plus tendue qu’on aurait pu le penser. Elle laisse des traces. Si Bruno Gollnisch s’est incliné devant le score de sa concurrente, il n’en ira pas forcément de même pour ses partisans. D’autant que la répartition des sièges au bureau politique du FN semble leur laisser une place très réduite (un petit quart), sans rapport avec le score obtenu pour les sièges au comité central (42 sièges sur 100). D’ores et déjà, les départs de Farid Smahi et de Roger Holeindre sont des coups durs pour l’unité de la droite nationale.

En annexe à cette question de la réunification de sympathisants, il faut faire une mention spéciale pour le refus d’accréditation de journalistes de « Minute » au congrès. Je dois dire que ce refus me semble fort inquiétant. Il semblerait que les critiques de « Minute » à propos de Marine Le Pen aient été considérées comme « illégitimes » par les instances dirigeantes du FN. Mais on voit mal pourquoi elles seraient plus « illégitimes » que celles de « Libé­ration » ou du « Monde », qui, eux, étaient accrédités au congrès – et ne se gênent pas pour cracher sur le FN…

J’ignore naturellement les tenants et aboutissants des possibles querelles de personnes entre la rédaction de « Minute » et les dirigeants du FN. Mais, si nous dénonçons régulièrement dans ces colonnes le funeste « front républicain » qui conduit l’UMP à s’allier à ses adversaires socialistes plutôt qu’à ses concurrents frontistes, je ne vois pas comment nous pourrions approuver cette attitude qui consiste à préférer ses ennemis à ses alliés, même critiques.

La dernière faiblesse réside dans un programme, dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est actuellement flou. En dehors de la question de l’immigration (connexe à celle de l’islamisation qui a pris la première place dans le discours de Marine), sur laquelle les thèses du FN sont connues, il reste à clarifier la plupart des points du programme pour 2012 – en particulier, en matière économique. De cette clarification découlera la logique d’alliance du FN : préférera-t-il chasser sur les terres de la gauche communiste ou bâtir les fondements d’une alliance nationale-libérale ?

En attendant, relevons aussi que Marine Le Pen dispose d’atouts indéniables (à commencer par son talent de débatteuse), non seulement pour le FN, mais pour rebâtir le paysage politique à droite.

Il est probable, en premier lieu, que l’alliance à droite soit plus facile avec elle qu’avec son père. Les médias sont nettement plus indulgents pour elle. Ses combats (notamment contre l’islamisation de la France) sont beaucoup plus facilement compatibles avec les combats possibles du reste de la droite.

Il faut noter aussi qu’elle s’attache beaucoup plus que son père à faire ses preuves au niveau local. Or, sans des cadres locaux, le FN restera indéfiniment un parti de contestation et non un parti de gouvernement.

Enfin, il faut ajouter que l’espèce de fantasme qui s’est emparé de toute la classe politico-médiatique, d’un « 21 avril à l’envers », la sert considérablement. Tout le monde l’estime capable de figurer au 2e tour de l’élection présidentielle et lui donne ainsi une stature nationale.
Je lui souhaite en tout cas tout le succès possible lors des prochaines échéances électorales. Pour elle et son parti d’abord, mais aussi pour le reste de la droite, qu’il est urgent de « droitiser ». Ce qui ne se fera pas sans un Front national fort…

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