Milliere Guy - lundi 09 août 2010
Un ami m’a donné voici quelques semaines un petit livre illustré de nombreuses photographies. Le petit livre porte un titre éloquent : « Nique la France ». Chacune des photographies qui figurent dans le livre montre une personne faisant le même geste obscène, page après page. Les textes ne valent pas mieux que les photographies. Un CD accompagne l’ensemble et permet de continuer la lecture en « chansons ».
Dire qu’il s’agit là d’incitation à la haine, à la violence et à la destruction serait une litote. Mais il faut ajouter qu’on trouve une logique derrière cette incitation : il y a non seulement, là, une détestation de la France et de la civilisation occidentale elle-même, des appels à peine dissimulés au meurtre et à l’agression, des éloges du pillage et de l’émeute, mais un discours très clair disant « Il est trop tard », « Nous sommes là », « Notre voix compte », « Nous sommes Français », « Nous allons vous conduire vers le néant » et « Nous allons vous remplacer ».
Ce qu’on trouve dans « Nique la France » n’est qu’une facette d’une mosaïque au sein de laquelle figurent de nombreux textes de rap français, les propos et thèses de mouvements racistes tels que les « Indigènes de la république », des diatribes islamistes, de multiples fragments de la nébuleuse de l’extrême gauche.
Face à cette mosaïque, face à la prolifération des zones de non-droit soumises au règne des bandes, face à l’échec patent de toutes les politiques gouvernementales et à la débilité des idiots utiles composant la gauche, il est très logique qu’un grand nombre de gens souhaitent des actions plus drastiques en matière de sécurité et que des mesures comme celles qu’évoquait récemment Nicolas Sarkozy soient bien reçues. Il est logique aussi qu’on s’attende à ce que le Front National progresse.
Mais il s’agit de bien davantage qu’un simple problème de sécurité : une anti-culture a pris forme, s’est disséminée et insiste. Cette anti-culture renvoie à un pourrissement beaucoup plus large, à une absence de perspective économique, politique et civilisationnelle. Les mesures évoquées par Nicolas Sarkozy ne proposent aucune réponse féconde face à cette anti-culture, et ne dessinent aucune perspective. Elles relèvent, qui plus est, de la gesticulation en ce qu’elles ne s’appliqueront qu’à une infime minorité de cas : combien y a-t-il d’assassins de policiers chaque année en France ? Combien de ces assassins sont des étrangers naturalisés Français ? Le discours du Front National ne propose lui-même aucune réponse féconde et ne dessine pas la moindre perspective, si ce n’est un repli sur la nation, un protectionnisme et une perspective myope et xénophobe de repli sur soi.
Dans ces conditions, j’ai beau scruter, je ne vois pas d’alternative. J’ai employé, ailleurs, l’expression de « guerre civile froide », et je pense que c’est ce vers quoi le pays se dirige et va continuer à se diriger. D’un côté, des femmes et des hommes en colère, indignés, lassés, crispés, confrontés au déclin et au délitement de leur propre pays. De l’autre, la barbarie qui monte et qui a pour elle la démographie, et le fait qu’elle s’impose d’ores et déjà en de nombreux lieux.
Si une alternative devait se dessiner, elle impliquerait un élan vers la liberté, la créativité, le dynamisme : ce que Nicolas Sarkozy a promis il y a trois ans, sans s’y tenir une seule seconde. Elle impliquerait des dirigeants politiques capables de porter et d’incarner cet élan : Nicolas Sarkozy a stérilisé la possibilité que de tels dirigeants émergent. Elle impliquerait que soit expliqué le fonctionnement du monde, ce que nul ne fait plus dans ce pays où les courants de pensée qui dessinent, ailleurs, le futur planétaire ne pénètrent pas. Elle supposerait que l’anti-culture soit regardée en face, qu’on parle de l’islam et de l’islamisme, du ressentiment qui fonde les discours de gauche, d’extrême-gauche et d’extrême-droite, de ce qui pourrait permettre de faire de la France ce qu’elle n’a jamais été : un État de droit.
J’ai parlé déjà ici d’une maladie faite de cercles vicieux imbriqués les uns dans les autres, et j’ai dit qu’il y avait un syndrome français. Je vois chaque jour davantage ce syndrome à l’œuvre. Je le vois, sous des formes proches, à l’œuvre ailleurs en Europe. Les historiens parlent parfois de l’actualité comme de « l’écume » de l’histoire et disent qu’il faut s’intéresser aux tendances lourdes. Les péripéties présentes relèvent de « l’écume ». Celui qui veut comprendre doit regarder les tendances lourdes.
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