Rouxel Jean - mercredi 17 mai 2006
François Bayrou, président de l’UDF, contrairement à ce qu’il croit, n’a aucune chance ou presque d’être au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2007. Seuls ont des chances raisonnables d’être qualifiés pour cette épreuve finale : le candidat du parti socialiste, sans doute Ségolène Royal ; Jean-Marie Le Pen pour le Front National, ou pour son « Union patriotique », s’il parvient à donner à ce projet une certaine consistance ; Nicolas Sarkozy pour l’UMP. Tous les autres candidats peuvent créer de la surprise ou de la déception, être en position de marchander leurs concours, notamment pour les élections législatives qui suivront mais, pour autant, ils ne doivent se faire aucune illusion.
En votant cette semaine la motion de censure présentée à l’Assemblée nationale par le Parti socialiste, François Bayrou a donc franchi le Rubicon : en application des règles qui président au fonctionnement du Parlement sous la ve République, il rompt solennellement, ainsi que tous les députés qui le suivent, une alliance formée avec l’UMP en 2002. Son avenir politique, auquel il tient, comme tous les politiciens, c’est-à-dire au moins le renouvellement de son mandat parlementaire, dépend désormais de l’évolution de la situation politique intérieure : que la tempête déclenchée par l’affaire Clearstream se calme, que Dominique de Villepin reste en place, et que Jacques Chirac aille au bout de son mandat, et c’en sera fini de l’UDF version Bayrou ; qu’au contraire, la situation évolue vers une crise de régime et alors ses possibilités de manœuvre seront plus ouvertes. Admettons un moment que la deuxième hypothèse soit la bonne. C’est plutôt la gauche et le Parti socialiste qui ramasseraient la mise. François Bayrou pourrait alors offrir ses services comme supplétif. Mais serait-ce l’intérêt de la nouvelle majorité, supposée être de gauche ? On peut en douter, car le Parti socialiste, tel qu’on le voit évoluer, aurait sans doute plus intérêt à câliner l’extrême gauche que les renégats centristes.
C’est très bien de vouloir rompre avec des « comportements politiques inacceptables ». C’est bien beau de prôner l’avènement d’une vie République. Mais il faut toujours avoir les moyens de son comportement. Sinon on est soit ridicule, soit inconséquent. Ainsi va la politique politicienne au fil de l’eau des médias. Mais que ne ferait-on pas, quand on s’appelle François Bayrou, pour capter un instant les lumières des projecteurs.
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