Baudouin Pierre - dimanche 04 septembre 2005
Lundi 29 août, débutait l’université d’été du Medef. À cette occasion, François Chérèque, dirigeant de la CFDT, déclarait sur France Info qu’il attendait de Laurence Parisot, nouvelle présidente du Medef, qu’elle rejoigne la table des négociations sociales désertée par son prédécesseur. Et il ajoutait qu’il n’était pas opposé par principe à une réforme du Code du travail (priorité de Laurence Parisot), mais qu’elle ne devait pas se faire par voie législative, mais par voie contractuelle. Une telle déclaration est importante. Tout se passe comme si nous jouions dorénavant “à fronts renversés”. Car, d’ordinaire, ce sont les syndicats qui réclament la voie législative et les représentants du patronat qui préfèrent la voie contractuelle – comme nous le vîmes lors de la “négociation” des 35 heures. Mais, pour que la voie contractuelle puisse être explorée, encore faut-il des puissances contractantes. Or, de toute évidence, les syndicats dits “représentatifs” depuis la Libération ne peuvent en aucune façon représenter les salariés, puisque moins de 5% des salariés du privé adhèrent à l’un des cinq syndicats retenus comme “représentatifs” par… le législateur!
Prétendue représentativité En d’autres termes, c’est le législateur de naguère qui a désigné les parties en présence (et de façon totalement arbitraire). Pour être cohérent, si François Chérèque renonce à la voie législative pour réformer le droit social en France, il devrait également renoncer au statut de son syndicat – ce qui reviendrait, concrètement, à le condamner à mort. Dans l’état actuel des partenaires sociaux, accepter de discuter avec telle ou telle organisation revient à lui prêter une représentativité qu’elle n’a pas et donc à gonfler artificiellement son poids. Mais, en outre, Mme Parisot serait assurée, si elle acceptait ce type de négociations biaisées, de voir ses interlocuteurs désavoués par leur “base” – c’est-à-dire par des salariés manipulés par des organisations syndicales, non répertoriées comme “représentatives” et obéissant à une double logique de démagogie et de subversion révolutionnaire, comme SUD. Accessoirement, il est rien moins qu’évident que le Medef soit considéré par les patrons comme une instance les représentant légitimement… Bref, ce nouveau dialogue social auquel invite M. Chérèque a de bonnes chances d’être un dialogue de sourds ou de dupes! Il reste que la position de François Chérèque contient un double aveu, dont nous aurions tort de ne pas tenir le plus grand compte. D’une part, il manifeste que la politique d’Ernest-Antoine Seillière, claquant la porte des négociations sociales, a été d’une redoutable efficacité. Ce qui revient à dire que, contrairement au vieil adage, la politique du pire n’est pas nécessairement la pire des politiques – et qu’elle fut même, en l’occurrence, la meilleure des politiques. D’autre part, François Chérèque manifeste également que les organisations syndicales se rendent progressivement à l’analyse de l’ensemble des Français: pour elles, comme pour ces derniers, les élites politiques sont totalement “dévalorisées”. En effet, si la CFDT renonce à la voie législative, c’est probablement aussi parce que, pour les militants et sympathisants de ce syndicat, il vaut mieux discuter avec le patronat (même honni) qu’avec le législateur, c’est-à-dire avec les hommes politiques, dont on s’aperçoit bien qu’ils n’ont aucun pouvoir réel sur l’économie, sinon un pouvoir de nuisance. Cette déclaration de François Chérèque en dit long sur le niveau où est tombé la classe politique dans l’esprit des Français. Il n’y a pas lieu de s’en réjouir: les confrontations, inévitables dans toute société, se passeront dorénavant d’arbitre et n’en seront que plus violentes. Mais rien ne peut être pire que la cécité volontaire et, plus vite les Français se débarrasseront de ces faux arbitres, moins ce sera douloureux…
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