Rouxel Jean - dimanche 05 mars 2006
Le projet de fusion des groupes Suez et Gaz de France, annoncé samedi dernier par le Premier Ministre, doit être apprécié sur plusieurs plans.
Pour les actionnaires, sur la base d’une action pour une autre, l’intérêt est très limité. En cas d’OPA hostile, les actionnaires de Suez pouvaient espérer une prime d’au moins 30 % de la valeur de leurs actions…
Au plan industriel, l’opération va être très difficile à mettre en œuvre, malgré la complémentarité des productions, à cause de l’immense différence des cultures. Gaz de France, dont les services commerciaux demeurent communs avec ceux d’EDF, a gardé l’esprit d’une entreprise publique, largement cogérée avec la CGT. Par contre, Suez a une tradition financière et internationale plus que séculaire. La filiale de Suez, productrice d’électricité en Belgique, Tractebel est par ailleurs un concurrent direct d’EDF.
Au plan économique, on voit bien que le nouvel ensemble, fort d’une capitalisation boursière de plus de 70 milliards d’euros devient impossible à avaler par quelque concurrent européen que ce soit. Mais, en terme de création de valeur, on n’a jamais vu qu’une fusion ratée en génère beaucoup. Or, une culture commune n’est pas prêt de faire naître du rapprochement des deux groupes français.
L’affaire est clairement politique. Suez ne voulait pas se laisser racheter par l’Italien ENEL. Le groupe entrait dans le champ du patriotisme économique, récemment défini par le gouvernement. L’ensemble de la technostructure française, largement relayée par les médias, s’opposait à ce projet de raid, avant même qu’il n’ait commencé.
Certes, au plan international, l’effet de cette opération est immédiatement catastrophique. Les dirigeants italiens sont non seulement mortifiés mais sont aussi fondés à considérer que les règles les plus élémentaires du fonctionnement de la concurrence au sein de l’Union européenne sont invoquées par la France quand elles l’arrangent, puis bafouées quand elles la dérangent. L’opinion publique applaudit à chaque fois qu’un groupe français plante son drapeau sur une terre étrangère. Nos dirigeants sont prêts à tout pour empêcher qu’un étranger, fusse-t-il un amical voisin, en fasse autant chez nous. Tant que cela sera ainsi, ne parlons plus d’Union européenne.
Plutôt que de jouer au Meccano industriel, Dominique de Villepin ferait mieux d’appliquer tout de suite le rapport Pébereau et de rembourser la dette publique.
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