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Galliano, Hitler et nous


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Bonnal Nicolas - lundi 07 mars 2011

racisme
La chasse aux hitlériens est toujours ouverte : comme le disait il y a quelques années René Girard, nous chassons non plus les boucs émissaires, mais les chasseurs de boucs émissaires, fussent-ils imaginaires (car qui va croire enfin qu’un gay bourré et déprimé fait un hitlérien sérieux ?). On tonne donc à la manière de Flaubert contre les misogynes, les racistes, les sexistes, les homophobes (qu’on veut mettre dans la cage aux phobes, comme disait Philippe Muray), les écophobes et tout ce qu’on voudra. En ce moment on chasse aussi tel ministre pour tyrannophilie, ou l’ancien résistant Hessel (jugé trop antisioniste), ou le dictateur arabe que l’on embrassait encore il y a six mois. Le besoin de pénal (Muray, toujours) dévore peu à peu le pôle festif de la société spectaculaire dégénérée : il faut tuer tout le monde, comme à l’époque de la tyrannie des Trente au temps de Thucydide. Ainsi progresse toujours la vieille démocratie… A l’heure de la tyrannie vraie, celle des médias, il vaut mieux ne pas être connecté du tout : car on pourra toujours, comme disait Hergé au lendemain de son arrestation, se faire reprocher une parole ou un acte répréhensible. On a retiré à Céline ses récompenses, à Mark Twain son lexique (il est interdit d’utiliser le mot « nègre », même au XIXème siècle…) et on se prépare à sévir contre d’autres vieilles gloires comme Voltaire ou Quevedo. Que ne brûle-t-on les livres, comme dans Fahrenheit 451 ?

Mais j’en reviens à Galliano. La police de la pensée est en fait une police des médias, de plus en plus centralisés et contrôlés. Puisque le bougre est britannique, né à Gibraltar, on évoquera Orwell, de plus en plus d’actualité, avec son compère Huxley (à l’heure de la création du médicament en chair humaine) ; on remarquera aussi qu’il vaut mieux éviter la terrasse des cafés à Paris, comme il vaut mieux (n’est-ce pas Julian Assange) éviter la compagnie des femmes en Suède. Ce n’est pas comme cela que l’on mettra fin au chômage, mais l’important, c’est que l’honneur soit sauf…

Galliano, qui est Anglais, relève aussi d’un héritage d’excentriques et de provocateurs bien britanniques ; il est aussi un homo déjanté et l’on rappellera que pour l’écrivain fasciste Rebatet, « la pédale était pour nous » (les vychistes, s’entend). C’est le genre de phrases un peu plus provocantes que celles de nos comiques, et que l’on tait fort à propos.

Il y a quelques mois, j’avais commenté les sorties impétueuses des deux barons de la formule Ecclestone et Mosley, lui-même fils du leader du parti fasciste anglais, concernant Hitler : Ecclestone en disait le plus grand bien, faisant état de la dégénérescence britannique et occidentale en général, pendant que son compère se faisait fouetter par des prostituées déguisées en SS et qui l’avaient bien sûr filmé en petite tenue avant de revendre cette pornographie aux tabloïds anglais si friands de grandes nouvelles. On n’est plus à l’époque de Kipling, mais n’était-il pas un macho et un impérialiste ? Le prix Nobel Vargas Llosa avait pris parti pour Mosley, arguant que cela relevait de la vie privée. Or il n’y a plus de vie privée. Que ne lui retire-t-on son prix Nobel ? Je remarque aussi la logique économique de ces persécution gluantes : après Guerlain, Galliano. On menace ainsi l’empire Arnault, homme le plus riche de France et témoin de mariage du président, comme on avait jadis menacé L’Oréal, ou le groupe Servier il y a peu en pharmacie. Que ne nomme-t-on des médiateurs ?

La transformation d’un incident de bistrot en scandale planétaire répond aussi à des impératifs bien logiques : il faut tétaniser, il faut sidérer l’assistance, il faut l’épouvanter, en inventant des menaces partout (celle de l’islamisme commence à avoir bon dos et il semble que les Américains, en élisant Barack Hussein Obama, l’ont compris même avant les autres), et en infligeant des sanctions exemplaires, comme celle qui a pesé sur Brice Hortefeux ou qui pourrait peser sur chaque contrevenant à la police de la pensée, fût-il juif, homo, noir et j’en passe. L’important, comme l’avait vu Philippe Muray, c’est de sanctionner, c’est de châtier, avec un rire effrayé : comme cela on pourra nous dire à l’entrée de la cellule ou de la prochaine chambre à gaz que nous devons nous taire et puis sourire, puisque nous sommes filmés. L’homme postmoderne s’est construit un cauchemar caïnite avec sa technologie de pacotille ; car même dans sa tombe, il sera enregistré, et connecté, et possédé.


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