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Garde à vue pour une gifle : la France est déboussolée


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 06 février 2008


L’affaire est symptomatique du cafouillage des valeurs en France. Le 28 janvier, au collège Gilles-de-Chin, près de Maubeuge, un professeur de technologie de 49 ans gifla un élève de sixième de onze ans : l’enfant avait traité l’enseignant de « connard » parce celui-ci avait jeté ses affaires par terre après lui avoir demandé, en vain, de ranger sa table de travail.

Au lieu de s’interroger sur ses propres responsabilités dans l’insolence et la grossièreté de son rejeton, le gendarme de père, en patrouille dans le secteur, entra dans l’établissement en uniforme pour avoir des explications, et porta plainte au commissariat de police. Les policiers appréhendèrent l’enseignant à son domicile et le mirent en garde-à-vue 24 heures, comme un voyou. Il sera jugé en procédure de plaider-coupable le 27 mars pour « violences aggravées sur mineur ». Il encourt une peine de cinq ans d’emprisonnement.

Le procureur de la République d’Avesnes-sur-Helpe, Bernard Beffy a justifié cette garde-à-vue sur un mode dramatique : « L’élève a d’abord été plaqué contre le mur et soulevé du sol ; ensuite, il y a eu la gifle. Et ce professeur l’a ensuite traîné dans la classe pour le forcer à écrire une lettre d’excuses. Au-delà de la gifle, il y a eu une vraie scène de violence. » Le magistrat a précisé que l’enseignant a reconnu une dépendance à l’alcool, qui n’avait jusque-là jamais eu d’incidence sur son travail.

Lors de sa garde-à-vue, les policiers ont décelé une alcoolémie légèrement positive de plus de 0,3 g. Précision de Maître Jean-Marc Villesèche, l’avocat du prévenu : « Il a bu deux verres quand il est rentré chez lui parce que l’affaire l’avait perturbé. Il n’a jamais exercé sous l’emprise de l’alcool. »

Mai 68 a brouillé les repères. L’enseignant a reçu en boomerang quarante ans de dénonciation de toute norme hiérarchique et autoritaire par le corps enseignant. Les représentants de l’autorité – le père gendarme, les policiers et le procureur – ont défendu l’enfant – qui pourtant méritait sa claque – contre un autre représentant de l’autorité : l’enseignant. Quant au gosse, il n’a reçu qu’une punition symbolique : exclusion de l’établissement pour trois jours, et retrait de dix points de son carnet de conduite. Avant 68, il aurait été traduit en conseil de discipline et exclu définitivement de l’école, sans que la police et la justice aient à s’en mêler. L’Éducation nationale n’est plus capable de régler dans ses murs un banal incident entre un élève et un professeur.

En 2006-2007, il y eut 57 dossiers d’enseignants accusés d’avoir frappé des élèves, sur 1 760 dossiers d’agressions, insultes, menaces de profs, de chefs d’établissement et d’élèves : 1 à 30. Les enseignants de l’Éducation nationale sont victimes de l’idéologie laxiste qu’ils ont promue. L’enseignement privé appliquant la discipline qui prévalait dans l’Éducation nationale avant 68 fait figure de nouveau pôle d’excellence. Il répond à une demande croissante, comme celle des lecteurs du « Figaro ». Celui-ci leur a demandé s’ils approuvaient la gifle du professeur : sur 7 225 votants, 88 % ont voté oui, 12 % non.

Les contradictions de Nicolas Sarkozy reflètent celles de la société française. Lors de la campagne présidentielle, il dénonça l’héritage de mai 68. Mais ses propos et ses actes contredisent cette prise de position. Il mène une vie amoureuse tapageuse avec un ex-top modèle professant une totale liberté sexuelle. Il en fait la Première Dame de France en contractant son troisième mariage. Il dialogue avec un philosophe emblématique de Mai 68, Edgar Morin. Il encense les écologistes en lançant le Grenelle de l’Environnement. Il fait l’ouverture sur la gauche, confiant les Affaires étrangères à une autre figure de proue de Mai 68, Bernard Kouchner. Et il s’apprête à puiser dans le vivier de l’extrême gauche pour recomposer son gouvernement.

Pourtant, cette stratégie patine. Avec 41 % d’opinions positives, la côte de popularité de Sarkozy a subi une perte de 13 points par rapport au mois dernier dans le baromètre mensuel LH2 pour « Libération ». Le côté soixante-huitard de son style heurte l’aile droite de son électorat, tout en ne lui assurant aucune immunité sur son aile gauche exaspérée par les réalités du pouvoir d’achat.

Depuis la crise des subprimes, le vent économique a tourné. Les fantaisies de Sarkozy exaspèrent désormais une opinion publique mortifiée par l’accumulation des mauvaises nouvelles. Il serait temps pour lui d’abandonner son style hédoniste de baby-boomer des Trente Glorieuses pour se replier sur les fondamentaux de la droite, dans le fond comme dans la forme. Cela correspondrait mieux aux temps de crise qui s’annoncent.

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