Rouxel Jean - dimanche 06 mars 2005
La démission d'Hervé Gaymard vient clore lamentablement une semaine de polémique, lancée par les révélations du « Canard enchaîné ». Cette semaine a été riche d'enseignements. Tout d¹abord, elle a prouvé que la « ligne » de Gaymard n¹était tenable que par temps calme. Un ministre peut bien dire : Je ne communique pas, je travaille ; cela n¹a rigoureusement aucun sens, lorsque les journalistes le suivent à la trace. Par ailleurs, cette ligne était en elle-même une ligne de communication, une sorte de snobisme anti-communiquant, du Sarkozy à l¹envers. C¹était fort utile pour Chirac qui pouvait ainsi dresser des contre-feux contre son rival : chacun aura bien vu que le choix de Gaymard pour Bercy était surtout le choix d¹un anti-Sarkozy, aussi jeune (et même plus), mais faisant mine de fuir les médias, pour protéger sa famille quand Sarkozy ne cessait de l¹exposer, et pour travailler discrètement quand Sarkozy ne travaillait que devant les caméras. Ce choix était donc aussi un positionnement politico-médiatique. Cette polémique nous a ainsi rappelé que communication et action, non seulement n¹étaient pas antinomiques, mais s¹appelaient mutuellement. Une des faiblesses de la droite, à cet égard, tient à son incapacité à saisir les dossiers symboliques, sur lesquels travail de fond et propagande iront de pair. En face, que de dossiers à la fois profondément symboliques et techniques : des 35 heures à l¹ISF, en passant par la peine de mort ou la décentralisation première manière ! L'affaire Gaymard nous a également montré, une fois de plus, qu¹un homme pris dans le collimateur des médias craquera tôt ou tard. Et, s'il ne craque pas, ses proches le feront pour lui ! D'où l¹intérêt pour la droite de ne pas laisser le monopole médiatique à ses adversaires. Dernier point : on s¹est interrogé sur l¹origine de la « fuite ». De façon évidente, elle vient de hauts fonctionnaires de Bercy ou de très proches collaborateurs du ministre, car, autant il était aisé de savoir que la famille Gaymard ne logeait pas à Bercy, autant peu de personnes connaissaient le loyer et le nom de l'agence immobilière ayant servi d'intermédiaire. Plusieurs personnes ont émis l¹hypothèse que l'équipe Sarkozy y soit pour quelque chose. Ce qui est certain, en tout cas, c¹est qu¹en dehors des socialistes et de la caste médiatique, il est celui qui en retire le plus de bénéfices. Un nouveau rival de sa génération disparaît pour quelque temps du paysage.
4 commentaires - Ecrire un commentaire
|