Milliere Guy - dimanche 09 janvier 2005
Une bonne façon de récapituler l’année passée et de faire de la prospective concernant celle qui vient, consiste à désigner l’homme de l’année. Le magazine « Time », vendu sur les cinq continents à des millions d’exemplaires, a choisi George W. Bush et je ne peux qu’approuver ce choix.
Non seulement Bush a été triomphalement réélu par le peuple américain, le 3 novembre dernier, mais il a montré amplement qu’il s’était conduit en commandant en chef digne et déterminé. Le travail effectué au cours du premier mandat pourra se trouver achevé au cours du second : ce que, dans un prochain livre, j’appellerai « la révolution néo-conservatrice » est en marche et, en politique étrangère, la doctrine Bush apparaîtra rétrospectivement comme d’une importance stratégique égale à ce que fut la doctrine Truman.
Si Bush est le grand vainqueur planétaire de 2004, l’année qui s’achève a vu se profiler d’autres vainqueurs : Victor Yuchtchenko qui est en train d’arrimer l’Ukraine aux sociétés ouvertes occidentales ; Tony Blair, car il réussit en douceur à ce que la conception anglo-américaine de l’Europe l’emporte sur la conception franco-allemande ; Ariel Sharon, car il conduit son pays dans la direction d’une paix qui se fera aux conditions d’Israël et dans la prise en compte des impératifs de sécurité pour son peuple ; Recep Tayip Erdogan, enfin, qui a tout à la fois obtenu que s’enclenche le processus d’entrée de la Turquie en Europe et la victoire de la conception anglo-américaine de l’Europe.
Face aux vainqueurs, on peut se risquer à dresser une liste des perdants. Je citerai d’abord l’Autorité Palestinienne, enfermée par elle-même dans une impasse où l’a conduite Arafat et dont les élections de janvier ne lui permettront de sortir que difficilement (le prix de l’impasse est lourd en vies humaines fauchées et brisées en Israël, en misère et en fanatisme pour les Arabes palestiniens).
Je citerai ensuite Vladimir Poutine. La Russie, lorsqu’il y a pris le pouvoir, était engluée dans un conflit effroyable et sans fin en Tchétchénie : elle est toujours engluée dans ce conflit. L’économie russe au même moment était en situation de délabrement profond et fonctionnait comme une économie du tiers-monde : après ce qui a ressemblé à un retour à la croissance et à une ouverture du pays, Poutine semble vouloir retourner aux échecs de l’économie administrée, comme l’a montré de façon emblématique le sort réservé à Ioukos.
Poutine semble, qui plus est, conserver la nostalgie de l’empire et glisser vers une dérive autoritaire qui l’a conduit à vouloir conserver l’Ukraine dans le giron russe, ce qui a poussé les Ukrainiens plus fortement encore à vouloir autre chose : l’ancrage occidental de l’Ukraine a une signification géostratégique majeure, reconstituer l’empire russe est désormais un rêve impossible. Poutine, plus que jamais, est devant un choix : ou la poursuite du déclin, ou l’ancrage en Occident pour sauver ce qui peut l’être. Avec les décisions concernant la Turquie, je placerai aussi le couple franco-allemand, et Chirac en particulier dans la catégorie des vaincus : malgré les apparences, l’Europe politique et diplomatique voulue par le couple franco-allemand vient de recevoir un coup qui lui sera vraisemblablement fatal.
L’influence du couple franco-allemand va se diluer et refluer au profit d’une Europe plus souple. La réélection de Bush et la poursuite de l’initiative pour le grand Moyen-Orient de l’administration Bush qui se dessine sur l’horizon sont aussi des défaites pour Chirac.
L’année 2005 sera passionnante. Elle verra s’affronter, d’une part, les tenants de la ligne Bush aux États-Unis, en Australie, en Inde, au sein de l’Europe, où ils sont majoritaires parmi les chefs d’État et de gouvernement, et dans le monde musulman où, de l’Afghanistan de Karzaï au Maroc de Mohamed VI, en passant par la Turquie d’Erdogan, ils représentent une force réelle. Et, d’autre part, les tenants de la ligne Chirac, Schröder, Zapatero, Bouteflika, Assad, les dirigeants fascistes de Pékin, le terrorisme islamiste qui décerne régulièrement des satisfecit à la ligne Chirac. L’affrontement sera rude. Il l’est déjà. Il est loin d’être achevé. L’Irak est présentement le terrain crucial de cet affrontement : si, comme je le pense et l’espère, les élections ont lieu à la date prévue et, si le terrorisme finit par refluer, ce sera une victoire décisive pour la ligne Bush. Si le terrorisme se poursuit et continue à tuer des Irakiens et à déstabiliser la région, ce sera une victoire de la ligne Chirac.
La ligne Bush correspondant à la conception que j’ai de l’Occident et de la décence, dois-je dire vers quelle ligne je penche ?
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