Dumait Alain - mardi 14 avril 2009
Si l’on veut bien considérer que là où l’État décide, nous ne sommes pas dans le capitalisme pur et dur, mais plutôt dans une forme ou une autre de socialisme ou de dirigisme – c’est la même chose ! –, on conviendra que nous ne sommes pas, et n’avons jamais été, dans un système 100 % capitaliste, mais dans un système mixte, partiellement capitaliste et partiellement dirigiste.
Deux sphères sont aujourd’hui imbriquées l’une dans l’autre : une sphère privée, au fonctionnement libéral, c’est-à-dire régie par le marché ; et une sphère publique, au fonctionnement autoritaire, régie par la bureaucratie.
La monnaie est un bien économique qui, depuis un siècle, a progressivement migré de la sphère privée à la sphère publique.
La présente crise est l’aboutissement – provisoire ou final, on verra, mais c’est toute la question… – de cette funeste mutation.
Que les banques centrales appartiennent à la sphère publique ne sera, je pense, contesté par personne. Ce qui n’empêche pas que certaines de ces banques centrales puissent être « indépendantes », et même « honnêtes », comme peuvent l’être d’autres institutions, néanmoins 100 % publiques.
Or, le développement des banques centrales a été l’un des phénomènes majeurs du XXe siècle. Quand il commence, elles sont 18 ; quand il se termine, on en compte 173 ! Et sur la période, elles se sont transformées de banques-des-États qu’elles étaient en banques-des-banques qu’elles sont aujourd’hui.
Comme ce sont elles qui prêtent de l’argent aux banques, qui leur fournissent l’essentiel de leurs ressources (qui s’ajoutent aux dépôts et aux capitaux propres, autrefois ressources principales, aujourd’hui accessoires), ce sont elles, et non pas les banques, qui sont responsables de la bulle financière.
Les banques : agents du secteur public
Les banques distribuent et détaillent l’argent qu’elles viennent acheter « en gros » aux guichets des banques centrales. Elles le transforment en crédits/créances, qui deviennent autant de contreparties de l’émission monétaire. Mais elles ne fabriquent en rien la monnaie.
Les banques sont comme des sous-traitants des banques centrales. Elles sont certes privées, pour la plupart d’entre elles, mais leur fournisseur est 100 % public. Et si les États, comme un seul homme, se sont portés au secours des banques, c’est tout simplement qu’elles n’étaient pas si privées que cela, et tout à fait dans la mouvance de la sphère publique.
On me dira que le gouvernement américain vient aussi en aide à AIG et à General Motors.
Je répondrai :
1) Qu’il a sans doute tort…
2) Que, quand AIG est au service des banques, il se croit au service de l’État…
3) Que GM est la victime seconde du désastre premier, et qu’il ne fait que réclamer l’application de la jurisprudence – oh combien perverse ! – « too big to fail » (trop gros pour disparaître)…
Tous les excès que l’on reproche aux banques, doivent en fait l’être aux banques centrales. Y compris les bonus, les stocks options, les parachutes dorés et autres avantages des dirigeants de ces établissements, qui n’auraient jamais vu le jour, si leur développement cancérigène n’avait pas été rendu possible par une émission monétaire littéralement échevelée.
Et pourquoi les banques centrales ont-elles eu ce comportement irresponsable ? Pour « financer » l’économie disent-elles. C’est vrai. Mais plus exactement pour le faire à la place des capitalistes, du plus modeste au plus riche des épargnants, progressivement éliminés par les acrobates du crédit.
Depuis 40 ans, la masse des crédits bancaires à travers le monde est passée de 28 % de la production mondiale à près de 50 % en 2008. Voilà la vraie bulle ! Et la vraie cause de la crise…
On a dit plus haut que le XXe siècle a été marqué par le développement des banques centrales. Ce même mouvement a été accompagné de l’augmentation des prélèvements publics obligatoires, des dettes et des déficits publics, du rabotage de l’épargne.
Les politiciens de la sphère publique ont cru avoir inventé le capitalisme sans capitaux (et avec beaucoup de crédits…). Les banquiers stipendiés, issus de la même intelligentsia, y ont prêté la main, avec leur haute technologie financière.
Ensemble, ils ont réalisé la prédiction de Karl Marx « pour détruire l’occident, il suffira de pervertir sa monnaie ».
Merci quand même !
3 commentaires - Ecrire un commentaire
|