Trémeau Bernard - dimanche 05 mars 2006
Le virus de la grippe est un petit virus très simple qui commence à être bien connu. C’est une sphère dont la paroi est formée essentiellement de molécules lipidiques, dans laquelle se trouvent 8 segments d’ARN qui portent ses gènes. Il a besoin pour se reproduire de se fixer à la cellule d’un être vivant : cellule intestinale chez les oiseaux, cellule pulmonaire chez les humains.
Il existe trois groupes de virus grippaux. Le groupe A qui peut infecter les oiseaux, le porc, le cheval ou l’homme, et les groupes B et C qui n’infectent que l’homme. Le système immunitaire humain est en pratique efficace contre les virus des groupes B et C et l’homme a mis au point des vaccins le protégeant contre eux. Mais le système immunitaire de l’homme est parfois inefficace contre les virus du groupe A qui peuvent l’infecter à l’occasion d’une mutation.
En 1918, en 1927 et en 1968, à l’occasion d’une mutation du virus A, trois pandémies de grippe d’origine aviaire ont touché l’espèce humaine… Les épidémies de 1957 et de 1968 n’ont fait que quelques milliers de morts, mais on estime à 50 millions ceux de l’épidémie de 1918 (la grippe espagnole). La toxicité des virus mutants est donc très variable.
Il faut prendre au sérieux l’épidémie de grippe aviaire qui a démarré en Chine en 1997. Elle a été mortelle pour de nombreux oiseaux, mais elle a aussi tué quelques dizaines d’hommes. Elle a été diffusée par les oiseaux migrateurs provenant de Chine, canards et cygnes essentiellement. Les grands froids les ont probablement poussés en 2005 vers l’Europe occidentale où des foyers de grippe aviaire sont apparus les uns après les autres. Deux enfants sont morts en Turquie. Des chasseurs ont découvert en janvier 2006 près d’un étang des Dombes, dans l’Ain, des canards morts. Ils ont immédiatement alerté les services compétents et des mesures de protection rigoureuses ont été immédiatement prises. Tous les élevages de volaille ont été enfermés. Mais le jeudi 23 février, à moins d’un kilomètre de l’étang où des canards sauvages contaminés avaient été repérés, un élevage de 11 900 dindes a été atteint, rendant malades en 24 heures 9 000 volatiles et en en tuant 400. L’élevage a été totalement détruit, la ferme désinfectée.
Les mesures prises depuis des années semblent être mises en défaut. La maladie a atteint notre pays et le bouclage par la gendarmerie des zones contaminées et la claustration des volailles d’élevage dans des bâtiments n’a pas empêché la progression de la grippe de l’Europe de l’Est à l’Europe de l’Ouest, ni la contamination d’un élevage de dindes bien enfermées. Des milliers d’oiseaux migrateurs traversent notre pays. Certains d’entre eux sont des porteurs de virus en apparence sains, qui contaminent avec leurs fientes les eaux des étangs où ils font relais. Il y a des dizaines de milliers d’étangs en France. Pour l’instant, un million de chasseurs surveillent ces étangs. Mais la chasse ferme dans quelques jours. Qui va ensuite surveiller les étangs ? La vaccination des volailles n’est pas une solution correcte pour certains spécialistes. La vaccination des humains contre la grippe aviaire n’est pas encore au point.
Les conséquences économiques de la grippe aviaire sont importantes. Après avoir moins mangé du bœuf lors de l’épidémie de vache folle, les Français se mettent à moins manger de volaille… Cette réaction n’est pas justifiée, car le virus de la grippe aviaire est détruit par une température de 60°. Les producteurs de volaille, les commerçants vendant la volaille voient leurs revenus fortement diminués et nombreux sont ceux qui sont proches du dépôt de bilan.
Les producteurs du poulet de Bresse, le seul poulet de France AOC (Appellation d’origine contrôlée), doivent aller chercher les œufs dans un centre de production situé à quelques kilomètres de la ferme contaminée. Certains volatiles confinés supportent mal leur nouvelle situation et se développent mal. Toutes les mesures de protection prennent du temps aux gendarmes, à la police, aux services vétérinaires, aux éleveurs.
Enfin la grippe aviaire n’est responsable que de quelques dizaines de morts depuis 8 ans. Elle ne semble donc pas être, pour l’instant, une pandémie très dangereuse pour l’homme.
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