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Guéguerre à la Banque centrale européenne


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Aftalion Florin - mardi 09 octobre 2007

banque-centrale, monnaie, economie
Le 18 septembre dernier, la Banque fédérale des États-Unis, la FED, a baissé le taux auquel elle veut maintenir les prêts au jour le jour que se font entre elles les banques commerciales d’un demi-pour-cent. Cette baisse, la première en quatre ans, a été accompagnée par une autre, celle du taux auquel elle prête aux banques qui éprouvent des difficultés pour se refinancer.

Sa double action a eu pour effet immédiat de donner un coup de fouet aux actions américaines d’abord, européennes ensuite. Ce brusque retournement des tendances boursières s’explique par l’espoir, justifié ou non, que l’action de la FED empêcherait la récession menaçante et soulagerait les difficultés des institutions financières trop lourdement engagées dans le marché hypothécaire. En revanche, l’intervention de la FED a suscité la crainte d’une future reprise de l’inflation puisque dans l’immédiat la banque centrale américaine semblait renoncer à la contrôler.

En France, Nicolas Sarkozy qui depuis quelque temps déjà tançait la Banque centrale européenne – la BCE – lui reprochant de maintenir des taux d’intérêt trop élevés, saisit l’occasion de l’admonester une fois de plus. Pourquoi ne prenait-elle pas exemple sur la FED pour diminuer ses taux ?

Bien sûr, la campagne que mène le Président français contre la BCE ne changera pas la politique de celle-ci. Son indépendance est inscrite dans ses statuts et le gouvernement allemand et son opinion publique lui sont trop attachés pour accepter qu’elle soit le moindrement écornée. Cela Nicolas Sarkozy le sait. Il continue néanmoins ses harcèlements parce que la BCE est un bouc émissaire commode. Si la croissance française continue à être déprimée la faute en sera aux taux d’intérêt trop élevés et à un euro trop fort !

Sans entrer dans un débat théorique, je me contente de rappeler quelques faits. Des taux élevés n’ont pas empêché l’économie américaine de prospérer au cours des années récentes ni des taux extrêmement bas celle du Japon de déprimer durant des années et des années. De leur côté, les effets des cours du change sont également ambigus : l’économie allemande d’avant la réunification a longtemps excellé avec un mark fort. Ce qui s’explique par le fait que si des entreprises exportatrices semblent pénalisées par une monnaie nationale forte d’autres, celles qui importent en particulier des produits énergétiques, en bénéficient. D’où la conclusion qu’on peut tirer de démonstrations plus rigoureuses, à savoir que les problèmes de l’économie française sont principalement structurels, la conjoncture ne jouant qu’un rôle accessoire.

Si une banque centrale craint une recrudescence de l’inflation elle augmente ses taux directeurs. En même temps qu’elle freine ainsi la croissance de la masse monétaire elle envoie un signal au public : elle prend les mesures nécessaires pour empêcher la hausse future des prix. Pour que sa politique réussisse, le public doit croire en ce message et ajuster ses anticipations en conséquence. Si une banque centrale n’est pas crédible les ajustements ne se font pas et elle devra prendre des mesures encore plus sévères afin d’empêcher les anticipations inflationnistes de se réaliser.

La crédibilité est donc essentielle à la conduite d’une politique monétaire efficace. La Bundesbank avait conquis la sienne au prix d’années de politiques anti-inflationnistes rigoureuses. La BCE en a hérité de la Bundesbank et son indépendance n’est, pour l’instant, pas mise en doute.

Supposons maintenant que la BCE annonce la baisse de ses taux directeurs non à la suite des pressions élyséennes mais parce qu’elle estime qu’une bonne conduite de sa politique l’exige. Comme notre Président ne manquera pas de s’en attribuer le mérite la réputation d’indépendance de la BCE en souffrira bien inutilement. Même une petite guéguerre verbale risque de faire des dégâts !

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