Menou Pierre - dimanche 22 novembre 2009
violence, football
C’est aux scandales qui l’agitent que l’on mesure le déclin d’une civilisation. Un ancien président de la République, Jacques Chirac, est renvoyé devant le tribunal correctionnel , sous l’accusation de détournement de fonds publics ; son ancien ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, est condamné à un an de prison ferme ; le sénateur Gaston Flosse, lui aussi proche de Jacques Chirac, incarcéré, est accusé d’avoir été au centre d’un véritable « pacte de corruption ». Et les Français, à en croire les sondages, continuent de trouver cet ancien président très sympathique…
Le vrai scandale, celui dont tout le monde parle, qui déchaîne les polémiques, est paraît-il ailleurs : en jouant au ballon contre l’Irlande, un joueur a inscrit un but avec la main !
Les journalistes n’ont pourtant pas compris tout de suite la dimension dudit scandale. Le Parisien du 19 novembre, par exemple, barrait sa une d’un gros titre : « Miraculeux », ce qui donnait à entendre que la main de Thierry Henri fait des miracles, même lorsqu’elle offense les règles du jeu. « Personne n’osera aujourd’hui faire la fine bouche devant cette issue très heureuse », écrivait sans état d’âme Harold Marchetti.
Un court encadré corrigeait à peine le tir en page suivante : « Nos internautes ne sont pas tendres », s’étonnait Le Parisien. La plupart des commentaires cités parlaient de « honte ».
Un « sentiment de honte »
C’est ce sentiment de honte qui a dominé au cours des jours qui ont suivi, avec tant de force que les politiques ont jugé bon de s’en mêler, rapporte Le Figaro.fr du 20 novembre. Le vice-président de l’Assemblée nationale, Marc Laffineur, a ainsi proposé aux députés de signer une lettre en faveur de l’organisation d’un nouveau match. Côté ministres, Christine Lagarde est de son avis, tandis que Rama Yade, Secrétaire d’Etat aux sports, estime qu’Henry n’est pas du genre à faire « de la pratique anti-sportive ».
« L'affaire touche au plus haut de l'Etat, écrit Samuel Laurent dans Le Figaro.fr, puisque Nicolas Sarkozy et François Fillon se sont également prononcés. Le chef de l'Etat, qui a fait ses excuses à l'Irlande, s'est dit jeudi "désolé", tout en estimant qu'il n'avait pas à se substituer "à l'arbitre, aux instances du foot français, aux instances du football européen".»
Le journaliste du Figaro laisse le « mot de la fin » au député PS Manuel Valls, qui a conclu : « Nous sommes un drôle de pays où même quand on est qualifié, on débat et on est triste. » Pour le paraphraser, nous sommes un drôle de peuple, qui se choque davantage de la main d’un joueur de foot devant un but que des tripatouillages des plus hauts personnages de l’Etat dans les caisses publiques.
Les drapeaux algériens « fleurissent » sur les Champs-Elysées
Toujours à propos de cette main d’Henry, Thierry Roland a, quant à lui, déclaré sur M6 « C'est une grande chance qu'on ait eu affaire à des Irlandais qui sont des mecs sympas, parce que si ça avait été un autre pays, un pays chaud, il y aurait eu des morts au stade. » On ne voit vraiment pas de qui il veut parler, mais la manière dont les Algériens ont célébré la victoire de leur propre équipe contre l’Egypte en donne quand même une petite idée.
Le Parisien du 19 novembre, décidément inspiré, faisait état de « La liesse algérienne » : « Un premier coup de klaxon donne l’alerte à 20h 30, et les Champs-Elysées changent de physionomie, écrit Olivier François. Les badauds qui déambulent tranquillement ou qui rentrent du travail plus prestement pour suivre France-Irlande comprennent que la soirée va sortir de l’ordinaire. Très vite, les drapeaux algériens fleurissent sur la célèbre avenue… »
Les badauds ont en effet assez vite compris, un peu partout en France.
A côté du récit enthousiaste de la fête, un petit encadré fait état d’accrochages avec les forces de l’ordre sur les Champs-Elysées, de heurts avec la police en banlieue, de vitrines cassées, d’un chauffeur de bus blessé à l’œil, d’un magasin Carrefour attaqué par des casseurs et des voleurs, de voitures incendiées à Lyon et à Vaux-en-Velin, d’affrontements entre Algériens et policiers à Grenoble, d’incidents à Marseille. Rien que de très normal pour Le Parisien, qui titre sobrement : « Nuit calme malgré quelques échauffourées ».
Pourquoi ne pas profiter des acquis de l’indépendance ?
A lire les informations rapportées par la presse régionale (voir notre article en complément), on imagine ce que doivent être les nuits agitées…
Toujours dans Le Parisien, le sociologue Michel Wieviorka explique doctement les dérapages de cette « nuit calme » par « la logique d’exclusion » dont souffre ces pauvres Algériens, le « regard de la population française » sur eux, « le racisme et les discriminations », le « rejet » dont ils font l’objet…
Sans oublier, bien sûr, les fameuses séquelles de la colonisation : « Quand un jeune Français d’origine algérienne affiche un drapeau algérien, dit-il, il y a cette dimension de renversement des anciennes dominations. Il se dit : "Je mets fin au rapport colonial, je montre clairement que l'ancienne colonie est indépendante". » Que ne profitent-ils davantage des acquis de cette indépendance, chez eux, au bled ? On serait prêt à leur payer le voyage, aller simple bien sûr. Et bon voyage, mon pote !
Pierre Menou
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Violences en France après la victoire de l’Algérie sur l’Egypte en football
Les quotidiens régionaux n’ont pas la même idée que nos confrères du Parisien de ce que peut être une « nuit calme ».
La Voix du Nord fait ainsi état de « Violents incidents » à Roubaix après la victoire de l’Algérie contre l’Egypte : « l'essentiel des incidents a eu lieu dans le quartier de l'Épeule, dont les rues ont été plongées dans le noir après la fin du match. Jets de pierres sur les pompiers venus éteindre les feux de poubelles et de voitures, vitrines brisées, véhicules saccagés : un déferlement de violence. La police a procédé à des arrestations. »
A Valence, rapporte Le Progrès.fr, « Des incidents ont éclaté avant même la fin du match dans le quartier de Fontbarlette, ou trois voitures ont été incendiées. Vers 19h00, les sapeurs-pompiers sont alors intervenus sous la protection de la police, et des coups de feu ont été tirés sur les forces de l'ordre sans les atteindre. Un policier a toutefois été légèrement blessé par un éclat de verre. Ensuite, à la fin du match France-Irlande, de jeunes inconnus ont incendié des poubelles et jeté des boules de billard et des cannettes sur les policiers. »
A Marseille, malgré la mobilisation de 650 policiers, selon l’AFP, « Quelques heurts sur le Vieux-Port sont venus gâcher la fête vers 22h30, avec des jets de projectiles contre les forces de l'ordre. Des vitrines de magasins ont été brisées rue de la République, qui débouche sur le Vieux-Port. Une quinzaine de voitures et des conteneurs ont été incendiés essentiellement dans les quartiers Nord. »
Tout est tranquille, dormez braves gens…
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