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Hommage à Jacqueline de Romilly


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Gérard Jean Pierre - mercredi 09 mars 2011

culture, livres
Mes chemins ont peu croisés ceux de Jacqueline de Romilly. Mais nous avons tous deux à l’occasion du 75e anniversaire de la société d’éditions des Belles Lettres, dont j’avais été administrateur, donné notre opinion sur ce qui était largement discuté en 1996 : l’enseignement du grec et du latin.
Les ministres de l’Éducation nationale, voulaient en réduire l’importance
(et finalement l’ont fait). Plus grave encore, ils ont voulu, tous sans exception, réserver ces enseignements aux seuls spécialistes qui s’engageraient dans une des filières littéraires de lettres classiques.

Comme tous les polytechniciens de ma génération, j’ai été nourri d’humanités. Au collège des jésuites de Metz, le grec et le latin n’étaient pas des matières secondaires et nous vivions les victoires des Athéniens sur les Perses ou leurs défaites, comme s’il s’agissait de nos parents.
J’ai toujours ressenti de manière très vive ce qui fait l’essentiel de notre culture et la mythologie grecque et latine a décrit tout ce qui caractérise les hommes, leurs passions, leurs doutes, leurs difficultés et leurs espoirs. Y a-t-il des domaines qu’Aris­tote n’ait pas abordés, souvent avec une prescience tout simplement sidérante ?

J’avais, dans le texte que j’avais transmis à Michel Desgranges, président de la société des Belles Lettres, très fermement affirmé combien cet enseignement me paraissait fondamental pour la compréhension même du français et qu’il ne devait pas être réservé aux spécialistes, mais imprégner la culture générale de toutes les formations, littéraires et scientifiques. N’y a-t-il pas un lien d’ailleurs entre cet effacement actuel du français et le mépris avec lequel nous traitons les cultures qui sont le creuset de nos connaissances, de notre esprit, et de nos ambitions ?

J’ai revu Jacqueline de Romilly en une seule autre occasion, toujours sous les auspices des Belles Lettres. Elle était quasiment aveugle. Je ne me rappelle pas en termes exacts ces mots que l’on nous avait fait traduire « opis agaqon », ou quelque chose d’approchant. Notre professeur nous avait expliqué que, dans la Grèce baignée de soleil, perdre la vue était considéré comme un réel châtiment et que, pour les Grecs, la vue était la plus belle chose dont on puisse disposer. Notre grande helléniste avait certes perdu la vue, mais il émanait d’elle une lumière intérieure sensible dès les premiers mots.

Malgré ce handicap, elle n’a cessé d’écrire sur ces thèmes qu’elle connaissait si bien, retraçant la vie des uns ou des autres, éclairant le contexte de l’époque, faisant bien la différence entre ce qui était circonstanciel et ce qui était fondamental. Ses livres sont une leçon de vie de notre histoire.
Mais un petit livre sans prétention m’a particulièrement touché. Son titre : « Mais laisse donc flotter les rubans ». Ces quelques histoires courtes de sa vie et de son enfance, par lesquelles elle exprime que ce que nous vivons doit être apprécié avec quelque distance et surtout avec cet amour de la vie qui lui donne notre optimisme. J’aurais voulu m’en inspirer pour en faire des poèmes, mais ce qu’elle écrit est déjà d’une telle poésie que j’ai finalement renoncé.

Madame, j’aurais aimé avoir un professeur de grec tel que vous. Vous êtes arrivée aujourd’hui à la seule vie où l’on puisse sans rien craindre « faire flotter les rubans »…

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Républicain > Le quotidien régional « Le Républicain lorrain » a connu une diffusion France payée de 128 346 exemplaires en moyenne au cours de l’année 2010. Le quotidien a dégagé un résultat positif de l’ordre de 3 millions d’euros, pour un endettement de l’ordre de 6 millions.

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