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Hommage à Patrick McGoohan, acteur rebelle et chrétien


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Bonnal Nicolas - mardi 03 février 2009

cinema
On nous a appris, avec Molière, que jadis on ne donnait pas de sépulture chrétienne aux acteurs. Comme si l’Église avait prévu que ces diables d’hommes allaient faire basculer le monde dans une décadence digne de l’empire romain. Mais le christianisme réserve toujours, comme la mule du pape, une charge à l’ennemi.

À Hollywood, il y eut Leo McCarey, dont je reparlerai, John Ford, Raoul Walsh, et aujourd’hui Mel Gibson. Et puis, il y eut à la télévision Patrick McGoohan, autre acteur d’origine irlandaise (l’Irlande des moines, mais aussi de Swift ou de Joyce), à qui nous devons le légendaire « Prisonnier ». Tournée en 1967 dans l’étrange village-musée de Portmeirion au pays de Galles, cette série aporétique et énigmatique a célébré l’image du rebelle des temps spectaculaires décrits par McLuhan et symbolisé le mutin situationniste pour tous les résistants au nouvel ordre mondial.
En même temps, le « Prisonnier » nous ouvrait des horizons ignorés sur des mondes parallèles à la Lewis Carroll, de nouvelles utopies atlantéennes, et une réflexion sur le conditionnement dans ces temps orwelliens.

McGoohan, de religion catholique, et dont on sait qu’il voulait se faire prêtre, a commencé par la série « Danger Man », censée avoir inspiré James Bond. Mais c’est un drôle de James Bond. L’agent secret ne sauve pas le monde, mais essaie de préserver l’empire britannique (on est au tout début des années 60). Il n’a pas d’armes à feu, mais se bat très bien avec ses poings. Il ne touche jamais aux femmes, s’il les retourne ou les manipule à la perfection. Il n’est aucunement sadique, tournant le dos à la cruauté des romans d’espionnage. Il est excellent technicien, entièrement tourné vers l’Intelligence, au sens anglo-saxon du terme.

Plusieurs épisodes sont éblouissants, notamment celui où il découvre un village américain en terre russe où l’on exerce les futurs espions…
On ne raconte pas le « Prisonnier ». Les gens ont vu ou n’ont pas vu la série, ils se sont limités à une interprétation (dénonciation très britannique du monde moderne, fait de contrôle, de démocratie parodique et de médiocrité joyeuses) ou plusieurs : Umberto Eco dirait que c’est une œuvre ouverte et le dernier épisode est si invraisemblable qu’il est inutile de donner un sens définitif à ce chef-d’œuvre télévisionnaire, comme disait Hélène Oswald. Si le numéro 6 est le numéro un, cela revient-il à dire que l’homme peut se dédoubler et qu’il est son pire ennemi ? On n’a pas besoin de ce type de conclusion, mais la série est certainement subversive, et au sens chrétien du terme. Ce n’est pas à un acteur que nous avons affaire, mais à un éveilleur d’âmes. Et on insistera encore et toujours sur la perfection des séries britanniques de l’époque, à l’ergonomie et à l’esthétique impeccables.

McGoohan aurait pu s’arrêter là, mais il a continué une carrière un peu chaotique en prenant le contre-pied de son personnage de rebelle. Je me rappelle de ce très bon épisode de Columbo où il joue le rôle d’un officier américain fanatisé par son modèle militaire ; de cet « Évadé d’Alcatraz » où McGoohan en directeur de la prison affronte un autre vieux rebelle encore en pleine forme, Clint Eastwood. Et, bien sûr, de Braveheart, le film-culte de Mel Gibson où il joue le mauvais roi d’Angleterre, Édouard Ier Longshanks. Le film résonne comme un règlement de compte anti-anglais, laissé aux bons soins des Irlandais : l’Angleterre de William, de la guerre de Cent ans, d’Henry VIII, de Cromwell et du capitalisme planétaire apparaît digne d’une dystopie que l’on retrouve dans le Village précisément…

Plus de quarante ans après sa création, la série conserve sa magie, mais je ne la vois pas surprendre les jeunes générations contemporaines, trop soumises au système maintenant. Il reste à savoir si le joyau médiatique de McGoohan pourra continuer de diffuser son inquiétante étrangeté…

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