Bonnal Nicolas - lundi 22 août 2011
religion
Dans le monde païen, et le monde moderne n’est qu’une variante de celui-ci, août est depuis toujours un mois de catastrophes, et donc de sacrifices. C’est le mois le plus chaud de l’année, le mois du réchauffement climatique, des vacances et des transports, le mois par excellence de la vie de zombie. Il apporte toujours de mauvaises nouvelles, quand il ne nous précipite pas dans les guerres faucheuses d’humains. Nous avons eu la guerre de 1870, celle de 1914, le pacte du 23 août 1939, nous avons eu l’attaque de l’Irak au Koweït qui a précipité le déclin de l’occident qui avait gagné la guerre froide ; nous avons eu aussi le putsch post-soviétique, enfin cette crise boursière qui annonce vraiment l’écroulement d’un système thermocratique qui repose sur la croissance du inepte du matériel et surtout sur une montagne titanesque de ce que j’ai appelé la dette (debitum, le péché, en latin) immonde.
Août est aussi un mois de canicules. On a connu celle de 2003, qui emporta 15 000 vies dans l’indifférence d’une partie des familles devenus non chrétiennes, c’est-à-dire post-humaines.
Août a des excuses : comme dit le grand Horace, poète de l’empereur de Rome, on ne peut que redouter l’atrox hora caniculae fragrantis, latin que je ne traduirai pas (j’invite mes lecteurs à s’y remettre : comme dit mon oncle chartreux, c’est la seule langue universelle…). L’heure redoutable (à l’heure où j’écris, il fait 43° dans le cœur de l’Espagne) arrive avec cette canicule, et elle exige des sacrifices, des moissons d’humains ; ou simplement elle rend fou, et c’est ce qui explique la multiplication depuis l’attentat de Breyvik (le 22 juillet introduit justement Sirius dans la constellation du chien) de tueries, d’émeutes, d’accidents d’avions et d’autos. Le grand Chrétien de Troyes a fondé toute la symbolique du Chevalier au lion sur cette canicule estival qui emporte la raison : Yvain retardataire y devient fou, nu, réduit à l’état de bête dans la nature.
Mais c’est pourtant au beau milieu de ce mois d’août tant redouté que nous célébrons la Vierge ; c’est pourtant au beau milieu de ce mois d’août tant redouté qu’un vieil homme fatigué vient voir ses ouailles et prier avec elles, venues du monde entier ; c’est pourtant au beau milieu de ce mois d’août qu’une Espagne accablée et ruinée par sa déchristianisation peut revenir à sa source et retrouver son élan et ses racines.
« L’important n’est pas la terre que nous laisserons à nos enfants mais les enfants que nous laisserons à la terre. »
Les JMJ sont apparues dans le ciel espagnol comme une pluie de météores ; on les a regardées, on les a étudiées, on les diabolisées, on les a enfin adorées. Ils représentent la marque incoercible et invincible du génie du christianisme et de l’Eglise.
On a toujours dit que l’Eglise était vieille et dépassée ; or comme dit Chesterton, c’est la seule institution qui ait jamais su s’adapter sans jamais renoncer aux principes et à la Foi. Relisez l’histoire des ordres mendiants.
On nous a dit que l’Eglise était tyrannique, puis trop démagogique ; trop homophobe, puis emplie d’homophiles ; trop proche des pauvres, puis trop proche des riches. Quand on commence à reprocher à la victime tout et son contraire, c’est que l’on est sur la mauvaise voie. Il n’y avait qu’à voir la piteuse et teigneuse manif laïque à Madrid, qui après avoir insulté les jeunes chrétiens – à la porte du soleil, d’ailleurs… –, s’est lancée sur la police pour finalement se plaindre de la brutalité policière, de la lâcheté des politiques, de l’indifférence du peuple, des impôts trop élevés (il faut faire payer les gymnases, les trottoirs, les robinets d’eau aux jeunes !) et de la malignité du pape… Il est toujours bon de voir un hérétique de près : il nous rappelle à l’orthodoxie. Il est exemplaire dans son genre…
Les JMJ sont un défi de puissance à l’agonie du monde postmoderne. Car les jeunes de l’Eglise catholique sont plus jeunes et plus modernes que les autres soixante-huitards vieillissants ; car les jeunes de l’Eglise catholique sont plus multiraciaux – tout en étant plus racés - que les autres ; car les jeunes de l’Eglise catholique sont plus nationaux et sociaux et solidaires que les autres ; car les jeunes de l’Eglise catholique sont plus sains et plus sereins et plus gentils que les autres. Car enfin les jeunes de l’Eglise catholique sont plus nombreux que les autres. L’important, dit un de mes amis catholiques, n’est pas la terre que nous laisserons à nos enfants mais les enfants que nous laisserons à la terre. Il est temps de se rappeler, dit Bernanos qui doit en chanter d’aise au ciel, que la vie est un risque à courir, pas un problème à résoudre.
Les jeunes des JMJ ont la vie devant eux. Les temps futurs seront leur œuvre.
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