Lance Pierre - mercredi 10 mai 2006
Il est toujours tonique de pouvoir admirer quelqu’un. Et je crois que ce qui explique pour une large part la morosité des Français, c’est la grande rareté des occasions d’admirer, surtout d’admirer un homme politique. Dominique de Villepin n’est certainement pas infaillible, mais quand je le vois tenir tête vaillamment à la meute des roquets socialistes, des folliculaires énervés du “Monde” et au chœur des “vierges effarouchées” de son propre camp, faire front à toutes les attaques, demeurer droit dans ses bottes et rejeter avec panache toute idée de démission, je me dis que ce type a du cran, ce qui, par ces temps de veulerie généralisée, mérite un grand coup de chapeau !
Je l’avais subodoré mais j’en suis maintenant certain : Villepin n’aurait jamais cédé devant la stupide marée anti-CPE si Sarkozy n’avait pas joué contre lui et si Chirac ne l’avait pas lâché au milieu du gué. Il pouvait à la rigueur ignorer Sarkozy, mais il ne pouvait se passer de l’aval du Président, qui l’avait installé à Matignon. Il dut plier, la rage au cœur sans doute. Mais aujourd’hui, je ne crois pas qu’il pliera, car cette fois Chirac est obligé de le soutenir, puisqu’il est impliqué autant que lui, sinon davantage, dans la pseudo-affaire “Clearstream”.
La France - ou plutôt le microcosme politico-médiatique qui se targue de la représenter - se joue un psychodrame dénué de tout intérêt. Le Sésame de cette porte s’ouvrant sur le vide se nomme donc “Clearstream”, qui est aussi peu "clear" que possible. Comme le rappelait Alain Dumait dans notre précédent numéro, cette “banque des banques” est une structure idéale pour favoriser toutes sortes de corruptions. Et pour favoriser du même coup la soupçonnite généralisée et la délation anonyme. Déjà en 2004, des lettres de “corbeau” évoquant une sombre histoire de blanchiment d’argent passant par “Clearstream” avaient empoisonné les rapports entre les principaux collaborateurs du groupe Lagardère et leur rivalité pour la direction de EADS, le groupe européen qui gère notamment Airbus. Dominique de Villepin, alors Ministre des Affaires étrangères, aurait pris dès cette époque l’initiative d’une enquête dont certains contestent aujourd’hui qu’elle ait pu relever de son ministère. Mais outre que Villepin a toujours été le fidèle homme lige de Jacques Chirac, on ne voit pas comment un Ministre des Affaires étrangères aurait pu ne pas être concerné par un scandale pouvant déstabiliser un puissant groupe industriel associant l’Allemagne, l’Espagne et la France.
Tenez bon !
Aujourd’hui, on accuse Villepin, devenu Premier Ministre, d’avoir initié une enquête du général Philippe Rondot sur d’éventuels comptes “Clearstream” détenus par des hommes politiques français, Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn, entre autres. Villepin nie l’avoir fait. C’est peut-être son seul tort. Car pour ma part, je ne vois absolument rien de scandaleux dans le fait qu’un Président et un Premier Ministre se préoccupent de savoir si des hommes politiques de premier plan, réputés présidentiables, dénoncés par un “corbeau” apparemment initié, sont impliqués ou non dans des affaires suspectes. J’irai même jusqu’à dire qu’il était de leur devoir d’ouvrir cette enquête, devant être d’ailleurs à charge et à décharge. Et plutôt que s’obstiner dans des dénégations pas très convaincantes, M. de Villepin aurait eu sans doute avantage à dire : “Oui, c’est vrai, j’ai demandé cette enquête, car j’ai estimé de mon devoir de faire la clarté sur la situation d’hommes politiques dont certains seront candidats à la magistrature suprême, et je suis heureux de pouvoir affirmer l’innocence des personnes suspectées.” De la sorte, il clouait le bec à tout le monde.
S’il ne l’a pas fait, c’est sans doute parce que le locataire de l’Élysée ne l’a pas voulu. Car Dominique de Villepin est pris entre le marteau et l’enclume, situation pour le moins douloureuse qui ne fait qu’augmenter son mérite et confirmer son courage. Tenez bon, M. de Villepin ! Je suis sûr que vous êtes en train de gagner l’estime des Français.
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