Trémeau Bernard - mercredi 26 septembre 2007
inflation, economie
Notre président a dit « La croissance, je ne l’attendrai pas, j’irai la chercher. »
Voici une vision monétariste des rapports entre l’inflation et le chômage, qui lui permettrait de réguler la croissance comme il le désire.
1/ Une augmentation de salaires qui ne correspond pas à une augmentation de productivité est inflationniste. Elle augmente en effet la demande sans augmenter l’offre de façon équivalente.
Si l’augmentation de salaires est globale (type accords de Grenelle en 1968) tous les prix augmentent. Il n’y a pas d’augmentation globale du pouvoir d’achat.
Si l’augmentation de salaires ne touche qu’un secteur de l’économie, la SNCF par exemple, le prix du billet de train augmente, diminuant le pouvoir d’achat de l’ensemble de la population. Par contre l’augmentation des salaires des employés de la SNCF fait très peu augmenter l’ensemble des prix. Il existe ainsi une véritable augmentation du pouvoir d’achat des employés de la SNCF. Il n’y a qu’un transfert de pouvoir d’achat de l’ensemble de la population vers les employés de la SNCF.
2/ Une réduction du temps de travail sans augmentation équivalente de la productivité a exactement les mêmes effets. Elle maintient la demande en réduisant l’offre.
3/ Pour augmenter sa productivité, une entreprise doit investir. Elle doit donc tirer de ses fonds propres des capitaux lui permettant de rendre son outil de travail plus performant. Si ses fonds propres sont insuffisants, elle doit emprunter. Moins elle fera de bénéfices, moins elle trouvera dans ses fonds propres l’argent dont elle a besoin, et aussi moins elle trouvera sur le Marché de capitaux prêts à s’investir.
4/ De 1945 à 1969 le Marché français était un Marché fermé, par des doits de douane efficaces et sélectifs et par un contrôle des changes rigoureux. Dans un tel Marché, la loi s’impose de la même façon à toutes les entreprises. Elle ne perturbe pas leur compétitivité.
Après 4 années d’hyperinflation très mal maîtrisée (de 1945 à 1948), l’inflation est tombée le plus souvent aux environs de 5%. Les gouvernements ont conservé le contrôle de la création monétaire, mais n’en ont pas trop abusé, sauf pour le financement de la guerre d’Algérie en 1958.
Politique dite de rigueur et le contrôle des prix ont été associés et depuis 1959, les gouvernements successifs ont rendu illégale l’indexation des salaires sur les prix. Tandis que dans les régimes communistes, toute augmentation des prix non autorisée par le plan exposait le contrevenant au goulag, le contrôle des prix à la française était beaucoup plus souple. Les entreprises n’augmentaient leur prix qu’après une négociation de marchand de tapis avec l’administration. Finalement le prix autorisé était un peu inférieur au prix qui aurait permis à l’inflation de rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande. De ce fait, une petite partie de la création monétaire excessive conservait sa valeur. Il existait donc un excédent permanent de pouvoir d’achat. Pendant 30 ans, les 30 Glorieuses, cet excédent de pouvoir d’achat a fourni des clients potentiels aux entreprises. Une « pénurie » s’est installée en France. On ne faisait pas la queue dans les grands magasins comme en URSS, mais il fallait attendre des mois, voire des années, pour obtenir une machine à laver, une voiture ou un appartement. Cette pression de la demande indiquait aux entreprises les secteurs où elles devaient investir. Elles investissaient d’autant plus facilement qu’elles obtenaient souvent des prêts à taux d’intérêt bonifiés inférieurs aux taux d’inflation…
Cette situation a permis une augmentation moyenne de 5,6 % du PIB français tous les ans. Mieux que pratiquement dans tous les autres pays développés. Une petite surchauffe a même poussé à importer pendant 30 ans de la main d’œuvre étrangère de l’Europe du sud et de l’Afrique du nord.
En 1969, il n’y avait que 300.000 chômeurs inscrits…
Mais l’inflation française était supérieure à l’inflation des autres pays européens avec lesquels le franc était lié par une parité fixe. De 1944 à 1969, 8 dévaluations du franc par rapport à l’or ont eu lieu, soit en pratique une dévaluation tous les 3 ans.
5/ De 1969 à 1999 le Marché Commun Européen est mis en place, avec adoption progressive d’une politique monétaire commune permettant d’aboutir à la naissance de l’euro en 1999.
Avec la libre circulation des marchandises et des capitaux, les entreprises françaises sont mises en concurrence avec les entreprises de tous les autres pays européens. Si leurs charges salariales réglementaires ou fiscales progressent plus rapidement que celles des autres pays européens, elles ne peuvent plus être compétitives.
-Or en mai 1968 les accords de Grenelle donnent une augmentation de 10 % des salaires, de 25% du SMIG et réduisent la durée du travail à 40 heures. Les évènements de mai 68 introduisent en plus un certain laxisme dans le comportement des responsables politiques. Enfin, en 1969, le SMIC remplace le SMIG. C’est-à-dire que la loi oblige les bas salaires à progresser plus rapidement que l’inflation.
Il est normal qu’une inflation suive. Elle démarre en 1970 et dépasse à partir de 1973 pendant une dizaine d’années 10 %, alors qu’elle se situe dans les autres pays européens aux environs de 5%.
Puis à partir de 1983 arrive un changement fondamental. La politique monétaire commune adoptée par les pays européens devient en 4 ans totalement efficace et éradique l’inflation, en France comme dans les autres pays. 8 autres dévaluations françaises auront encore lieu entre 1969 et 1987, soit plus d’une tous les 3 ans.
6/A partir de 1969, les pays unis dans le Marché Commun décident de mettre en place une politique monétaire commune. C’est d’abord le « Serpent Monétaire », contraignant les banques centrales à limiter leur création monétaire pour s’opposer à l’inflation et à intervenir pour secourir une monnaie dont l’inflation diminuait trop la valeur. La dévaluation n’était plus possible. Entre 1972 et 1978 le franc est sorti 3 fois du système pour pouvoir dévaluer. D’autres monnaies l’ont imité, la livre anglaise en particulier. Le Serpent Monétaire irréaliste est abandonné en 1978.
En 1979, après de difficiles négociations, est mis en place le Système Monétaire Européen (le SME) système créant une unité de compte virtuelle, l’écu, liant les monnaies par une parité fixe, contraignant les pays membres à contrôler leur inflation en limitant leur création monétaire, mais autorisant les dévaluations.
Un changement fondamental survient dans la lutte contre l’inflation. Le contrôle des prix peu efficace est remplacé par le contrôle de la création monétaire bien plus efficace. Mais le chômage commence à apparaître.
7/À partir de 1983, les banques centrales deviennent totalement indépendantes des gouvernements qui renoncent à créer de la monnaie. La banque centrale seule met de la monnaie nouvelle sur le Marché en la prêtant pour une durée déterminée aux banques privées qui en font la demande. Si l’inflation menace, les banques centrales augmentent les taux d’intérêts (les taux courts), augmentation que les banques privées reportent sur leurs clients. Quand la banque centrale juge que l’inflation menace, elle augmente ses taux courts. Le crédit devenant plus cher, les emprunteurs deviennent plus rares.
Ce système est parfaitement efficace contre l’inflation et il permet de la faire tomber en dessous de 3% dès 1987. Comme l’inflation du franc était la plus forte, 8 nouvelles dévaluations marquent la période allant de 1969 à 1987, date de la dernière dévaluation française, une tous les 3 ans.
Mais le chômage envahit l’Europe et tout particulièrement la France qui a plus d’inflation que les autres pays européens. Pour lutter contre ce chômage, chaque gouvernement français prenant le pouvoir met en place sa propre politique, politique de relance de la demande essentiellement. Une quinzaine de relances ont ainsi été utilisées depuis 1969. Mais augmenter la demande sans faire augmenter l’offre en même temps ne produit finalement que de l’inflation, donc pas d’augmentation du pouvoir d’achat. Le chômage a persisté.
8/Une explication monétariste peut être donnée de ce chômage.
La banque centrale met sur le Marché la quantité de monnaie nécessaire et suffisante pour que l’inflation se situe aux environs de 2 %. Elle obéit aux ordres reçus. C’est mathématique et l’expérience montre que le système fonctionne comme prévu.
Mais quand les salariés obtiennent une augmentation de salaires sans augmentation équivalente de la productivité, ils ont une action inflationniste. Quand les gouvernements interviennent dans la vie économique des entreprises en les imposant, en les obligeant à augmenter le SMIC, ou en leur imposant de multiples contraintes, ils sont responsables d’une certaine inflation.
Quand un gouvernement met hors concurrence des secteurs de l’économie, il crée des monopoles d’état. Or la concurrence pousse les entreprises à abaisser leurs coûts en améliorant leur productivité, tout en augmentant la qualité de leur produit. L’école ou les hôpitaux publics français à l’abri de la concurrence vont mal.
Pour s’opposer à toutes ces inflations, la banque centrale doit nécessairement mettre moins de monnaie sur le Marché. Le pouvoir d’achat de la population est réduit d’autant. A partir d’un certain seuil, le chômage apparaît obligatoirement.
Heureusement, une politique sociale non inflationniste est tout autant aussi. Quand un gouvernement augmente l’impôt sur les revenus et utilise ces ressources nouvelles pour subventionner des entreprises, il diminue la demande et réduit le prix de revient des entreprises subventionnées. Il est doublement désinflationniste. Il devient l’allié de la banque centrale dans sa lutte contre l’inflation.
Certains responsables politiques français demandent à la BCE de mettre plus de monnaie sur le Marché, pour créer des emplois en France. La BCE refuse car selon elle cette monnaie supplémentaire induirait une inflation supplémentaire sans augmenter le niveau de vie. Les prix français augmenteraient, et les produits français ne trouveraient pas plus d’acheteurs.
Par contre toute suppression de contraintes inflationnistes et toute mise en place de contraintes désinflationnistes permettrait à la BCE de mettre plus de monnaie sur le Marché, tout en maintenant l’inflation à 2% et. Elle le ferait spontanément, sans qu’on le lui demande. Car c’est son travail.
La France doit donc abandonner ses propres contraintes inflationnistes et elle doit persuader ses partenaires de la zone euro de le faire aussi. Pour que la BCE mette plus de monnaie non inflationniste et que la reprise soit plus rapide en Europe.
9/ Depuis 1999 l’euro a remplacé le franc. Depuis 1999, la France n’a pas abandonné sa politique sociale inflationniste, elle en a même rajouté un peu plus tous les ans, alors que l’Allemagne réduisait les siennes. Depuis 9 ans, elle n’a pas dévalué. Les coût de production augmentent en France bien plus rapidement qu’en Allemagne. Les entreprises françaises deviennent chaque mois un peu moins compétitives et les consommateurs français préfèrent les produits étrangers moins coûteux. Nos entreprises ayant moins de clients n’embauchent plus, voire licencient. Elles n’ont plus les moyens financiers d’investir. D’autant plus que la France chasse les capitaux et les entrepreneurs par des impositions très sélectives.
Chaque mois la situation s’aggrave. Tous les ingrédients d’une crise monétaire grave et proche sont réunis. Dans de telles crises, des troubles sociaux graves apparaissent quand le chômage dépasse 20 %. Le chômage touche 24 % de nos jeunes.
La dévaluation en est le remède économiquement logique. Mais ce n’est pas une parité fixe qui lie le franc aux autres monnaies européennes, c’est une monnaie commune qui lie les nations européennes. Une dévaluation est politiquement incorrecte.
Il faut donc intervenir d’urgence, en supprimant le maximum possible des contraintes pesant sur nos entreprises. Il faut abaisser ces contraintes françaises au niveau irlandais. Bruxelles ne peut rien dire. La reprise qui suit toujours une telle action permet à l’Etat qui la pratique d’augmenter ses ressources fiscales en baissant ses taux d’imposition. Il semble donc inutile de remplacer les charges sociales par une augmentation de la TVA . Une telle action exportera notre chômage en Allemagne, mais elle permettra en même temps à la BCE de baisser ses taux courts, donc de relancer l’économie en Europe. Il y a urgence.
Bernard Trémeau, le 17 septembre 2007.
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