Trémeau Bernard - dimanche 09 janvier 2005
Deux études sur l’inflation viennent de sortir : une faite à la demande de l’association « Que Choisir », et l’autre, réalisée par l’INSEE, à la demande de Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances. Elles révèlent toutes les deux que les prix des produits de grande consommation augmentent plus rapidement que l’indice général des prix. Et que les prix augmentent plus dans les grandes surfaces que dans les autres formes de distribution.
« Que Choisir » rend bien-entendu les distributeurs responsables de cette inflation et réclame la mise en place « d’une autorité de régulation ». Le ministre des Finances avait contraint de son côté les grandes surfaces à baisser leurs prix. Sa mesure a immédiatement été efficace et les prix ont baissé de 1,1 % dans les trois derniers mois. Mais la baisse a été inférieure à celle qui avait été programmée et, pour le futur, aucun accord n’a pu être signé. Les prix risquent donc de reprendre leur hausse, du fait que les causes de l’inflation n’ont pas été supprimées.
Une fois de plus, nous assistons à un jeu politique bien français. Dans un premier temps, le gouvernement commet une erreur économique. Il ordonne des mesures inflationnistes.
Il prend de l’argent aux entreprises pour remplir les caisses de l’État. Il contraint les entreprises à payer plus cher leurs salariés, en réduisant le temps de travail ou en augmentant le SMIC. Il s’oppose, avec la loi Galland, à la libre concurrence qui fait baisser les prix. Il crée aussi un grand déficit budgétaire pour augmenter la demande afin de relancer l’économie.
Il réduit ainsi, avec une constance remarquable, les capacités financières de l’offre, tout en augmentant celles de la demande. Les prix montent automatiquement, c’est normal.
Dans un deuxième temps, l’inflation étant là, le gouvernement part en guerre. Il désigne le coupable. Ce n’est, bien entendu, pas lui. Ce n’est pas non plus le consommateur qui a dans son porte-monnaie les euros qui lui permettent de payer à la caisse tout ce qu’il a dans son caddy. C’est le vilain commerçant qui fait valser les étiquettes pour s’en mettre plein les poches. Dans l’esprit de bien des responsables politiques, il n’y a d’ailleurs pas de grande différence entre un commerçant et un voleur. Le dieu grec Hermès était déjà le patron des commerçants et des voleurs. Rien n’a changé depuis 2 500 ans dans la conscience populaire…
Le pouvoir politique décide donc de contrôler les prix pour défendre les gentils consommateurs. Or, l’augmentation des prix n’est en fait qu’une banale recherche d’un équilibre économique, l’équilibre entre l’offre et la demande, entre les produits prêts à être vendus et l’argent prêt à les acheter. Dans cette recherche d’équilibre, la concurrence est un facteur essentiel de stabilité. La chaîne américaine de grande distribution Wal Mart a pour slogan « À qualité égale, nous sommes toujours les moins chers ». Les profits de Wal Mart sont très importants, mais les prix baissent. Or, curieusement, en France, on n’aime pas la concurrence. On préfère l’intervention de l’État.
Finalement, pour lutter contre l’inflation, il faut respecter les lois économiques. Il faut d’abord ne pas mettre trop de monnaie en circulation et depuis que la France a confié à la banque centrale européenne ce rôle, l’inflation de notre monnaie, l’euro, reste faible.
Puis, il ne faut pas créer des circuits inflationnistes en réduisant la monnaie dont disposent les producteurs et en la distribuant aux consommateurs. Ensuite, il ne faut pas créer un déficit budgétaire pour relancer la demande. C’est l’inflation qui est relancée.
Enfin, il faut laisser la concurrence intervenir avec toute sa puissance dans le marché, en particulier ne pas s’opposer à la mondialisation. Sa contrainte sur les prix est mille fois plus efficace que celle qu’un gouvernement essaye de mettre en place. Il ne faut pas revenir au marché noir…
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