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Ingrid Bétancourt : ce qu’il faut ne pas dire


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Lambert Christian - mercredi 30 juillet 2008


Mme Ségolène Royal débite chaque semaine un certain nombre de contrevérités, mais lorsqu’elle a déclaré au lendemain de la libération d’Ingrid Bétancourt, le 2 juillet dernier, que Nicolas Sarkozy n’y était pour rien, elle a dit vrai, à ceci près que la pression constante exercée par le Président de la République et, avant lui, depuis des années, par Jacques Chirac et Dominique de Villepin ont politiquement et psychologiquement contribué à cette libération. Sans cette pression, Ingrid Bétancourt aurait été oubliée et abandonnée.
Ceci dit, cette aventure dont on se réjouit qu’elle se soit bien terminée appelle un certain nombre d’observations.

En premier lieu, on retiendra que l’enlèvement de Mme Bétancourt, femme politique, candidate à la présidence de la République de Colombie, est due à son imprudence.
L’armée colombienne lui avait déconseillé de se rendre dans un région qu’elle contrôlait mal. Le conseil n’a pas été suivi et ce fut, il y a six ans, l’enlèvement par les FARC, guérilla communiste spécialisée dans la prise d’otages à monnayer contre rançon et en trafic de cocaïne, activité vérifiant une nouvelle fois cette évidence : le communisme, c’est le crime et la corruption.

On notera surtout, en cette affaire, ce que fut la stratégie du Pouvoir en France : traiter avec les FARC, c’est-à-dire les criminels, auteurs de l’enlèvement d’Ingrid Bétancourt, au point de leur prodiguer des conseils et de leur apporter un soutien concret.
Cette étonnante diplomatie s’étendit même à Hugo Chavez, Président du Venezuela, disciple fervent de Fidel Castro, et grand pourvoyeur d’aides de toute nature à la guérilla communiste colombienne.

De ce fait, il fut reçu en grande pompe à l’Elysée en novembre 2007. De surcroît, on alla jusqu’à proposer de recevoir des guérilleros colombiens en France, terre d’asile… de tous les asiles !

Il est intéressant de relever que cette stratégie s’inscrit dans une constante de notre politique étrangère marquée depuis 60 ans par une sorte de fascination pour le communisme.

Je pourrais en citer maints exemples.
Je me limiterai ici à deux d’entre eux. 1) Alors que les plaies de la défaite de Dien Bien Phu n’étaient pas refermées, ni celles des camps de la mort où les communistes nord-vietnamiens enfermaient les prisonniers français et où la mortalité était supérieure à celle d’Auschwitz, le ministre français des Affaires étrangères se rendit à Hanoï en 1974 pour établir des liens de coopération avec les vainqueurs : « Qu’est-ce qui pourrait bien vous faire plaisir ? ».

2) Alors que la République Démocratique Allemande, protectorat soviétique honni du peuple allemand, était sur le point de s’effondrer, François Mitterrand, excellent politicien d’arrondissement mais dépourvu de tout jugement en politique étrangère se rendit à Berlin-Est le 20 décembre 1989 pour manifester en tant que Président de la République française toute sa sympathie à un régime dictatorial, policier, en voie de disparition.

Mais revenons en Colombie. Je me souviens avoir entendu, comme tant d’autres, les proches d’Ingrid Bétancourt dire devant 36 micros et caméras pis que pendre du Président colombien Alvaro Uribe, partisan de la manière forte, donc dictateur, donc de droite – un dictateur ne peut être que de droite – qui, de ce fait, n’arriverait jamais à rien.
Or, c’est lui qui a libéré Ingrid Bétancourt avec l’aide des Américains et de quelques conseillers israéliens.

Ces propos allaient de pair avec une action concrète des « médiateurs français » transformés en collaborateurs des FARC. Les agissements de l’ancien vice-consul de France à Bogota et d’un universitaire franco-suisse soupçonné d’avoir remis quelques « friandises » à la guérilla communiste colombienne sont d’autant plus significatifs que ces deux agents agissaient, bien sûr, sur ordre.

À cette politique détestable et inefficace s’est ajouté le ridicule d’une opération branquignolesque. Le 9 juillet 2003, un avion militaire français était envoyé dans la jungle brésilienne en prévision de la libération d’Ingrid Bétancourt contre une importante rançon (10, 20, 50 millions de dollars ?) qui, en réalité, fut remise à des… escrocs.
Ce qui aurait fait dire au chef des FARC : « Les raisons pour lesquelles vous avez remis l’argent de la libération de Mme Bétancourt sans avoir auparavant vérifié les identités et les garanties des personnes qui vous ont trompés sont inexplicables… ».

Aussi bien, comprendra-t-on aisément le mot d’ordre d’Uribe lorsqu’il a monté l’opération de délivrance d’Ingrid Bétancourt : « Surtout pas un mot aux Français à quelque niveau qu’ils se trouvent, sinon ils vont nous balancer aux FARC. »

Tout ceci conduit à se poser cette question : les Français, au plus haut niveau, sont-ils des gens sérieux ? 􀁑

Ancien Ambassadeur de France
Christian Lambert

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